Le 24 mars dernier, les électeurs danois ont été appelés à renouveler les 179 sièges du Folketing, le Parlement monocaméral avec sept mois d’avance par rapport au calendrier électoral initial. La Première ministre danoise Mme Mette Frederiksen a voulu sans doute profiter d’une embellie dans les sondages dont elle a bénéficié en février en réponse à ses positions très fermes face aux gesticulations de Donald Trump au sujet du Groenland. Elle y a vu une fenêtre d’opportunité dont elle pouvait bénéficier dans une conjoncture économique morose et après la déconvenue des élections européennes et surtout locales de 2024 où le parti social-démocrate (SD) a perdu la moitié des municipalités qu’il contrôlait ses sièges. Pourtant ce sont les questions de politique intérieure qui ont dominé les débats : le coût de la vie, le modèle de l’agriculture intensive et en particulier l’élevage porcin, la préservation de l’Etat-Providence.
Est-ce pour autant un succès ? Certes le parti social-démocrate arrive en tête en voix et en sièges avec 21,9% des suffrages exprimés mais c’est son plus petit score depuis 1903. Les sociaux-démocrates perdent plus de cinq points par rapport à leur score de 2022 (27,5% des voix). Au-delà le bloc constitué par le SD et quatre autres mouvements de gauche n’obtient que 84 sièges, 90 étant nécessaires pour obtenir la majorité absolue. Au sein de cet ensemble, il faut noter la percée du Parti populaire socialiste qui avec 11,59% des voix devient pour la première fois de son histoire le deuxième parti du pays. La droite et l’extrême-droite de leur côté qui regroupent six partis n’obtiennent que 77 sièges. Le parti d’extrême-droite est le grand vainqueur à droite de ces élections puisqu’il triple son nombre de voix par rapport au scrutin législatif de 2022 et gagne 11 sièges et plus de 3 % des voix. Les Modérés dont le chef de file est le Ministre des Affaires étrangères, M. Lars Lokke Rasmussen, obtiennent quant à eux 14 sièges et 7,68 % des voix et deviennent ainsi les faiseurs de roi dans un parlement où ne siègeront pas moins de douze partis. Il n’en reste pas moins que marcher sur les plates-bandes de l’extrême-droite comme l’a fait la Première Fredriksen avec sa politique très restrictive en matière d’immigration n’a pas empêché celle-ci de réussir une percée au Parlement. Quant au Parti populaire socialiste, il a probablement bénéficié de la désaffection d’une partie de l’électorat social-démocrate.
Quel gouvernement sortira de cette élection ? A la tête du gouvernement depuis 2019, elle dirigeait depuis 2022 une coalition qui regroupait, outre son parti, les libéraux du parti Venstre et les Modérés. Elle pourrait être tentée de se tourner vers ces derniers pour retrouver une majorité. Pourtant le Président des Libéraux, Troels Lund Poulsen a exclu toute perspective d’alliance avec les socialistes. Pour lui seule une alliance avec les partis de droite est envisageable et il est même prêt à prendre la direction du gouvernement qui en résulterait. Le parti populaire danois et et le Parti populaire conservateur sont prêts à le soutenir. Seulement une telle combinaison à un gouvernement de s’appuyer sur une majorité. D’autres à gauche sont décidés à soutenir Mme Fredrieksen mais à condition qu’elle rejette tut accord avec les Modérés. C’est le cas de La Liste de l’Unité qui totalise 11 sièges au Parlement, 11 sièges dont Mme Fredriksen ne pourrait pas se passer. L’heure des négociations est donc arrivée. Il va falloir beaucoup d’habileté aux uns et aux autres pour dégager une majorité.
Marc Sévrien.
Incertitudes danoises