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1895 - Fondation de l’Œillet blanc

L’Œillet blanc – Fondé en 1895 par André de Fouquières, cercle très sélect de royalistes mondains organisé sur le modèle du Jockey Club. L’association, très active dans l’entre-deux-guerres, existe toujours mais a, aujourd’hui, pour principale activité l’organisation de la messe du 21 janvier.

C’est le témoignage de André de Fouquières, annoté que nous donnons dans le document.

Témoignage d’André de Fouquières [1] dans son livre “Cinquante ans de Panache” [2]

« J’étais attendu à Bruxelles par le baron de Fonscolombe [3] , gentilhomme de service. Je fus immédiatement conquis par la façon d’être, par l’esprit d’à-propos -, voire même l’ironie - du duc d’Orléans [4]. Il m’apparut comme l’incarnation même du vieux Panache français. Et cette entrevue avec le Prétendant marque véritablement mon entrée dans la vie politique active pour une carrière qui, si elle fut éphémère, fut, aussi, bien remplie.

Je rentrai à Paris plein d’enthousiasme et fondai aussitôt avec le baron Raoul de Vaux [5] et le baron Edmond de Charnacé [6] « L’Œillet blanc » [7] , association qui voulait constituer la garde d’honneur du Prince. Raoul de Vaux était un garçon plein de fantaisie, doué d’une vive imagination, généreux envers les humbles ; après avoir longtemps habité un appartement sous les combles, rue Royale, il devait finir ses jours, perclus de rhumatismes, sur la colline de Montmartre. Quant à Edmond d’Ecurolles de Charnacé, c’était un élégant cavalier, un homme d’une infinie séduction, animé d’une foi merveilleuse. Il épousa Marie de Grandmaison. Ces deux amis, trop tôt disparus, eussent été dignes d’appartenir à la chevalerie médiévale. Mais combien d’autres aussi, qui furent les meilleurs compagnons de ma jeunesse ardente ? »

« Ah ! les belles, les étourdissantes années ! Chaque mercredi « L’Oeillet blanc » se réunissait autour de la poule-au-pot, chère à Henri IV dans un cabinet particulier du restaurant Durand [8] qui était alors place de la Madeleine, là où se dresse l’immeuble de l’Agence Cook. Il en coûtait cinq francs par convive. Nous taquinions Charles du Boys [9] en lui demandant de « reprendre des petits poys », Georges de Castillon de Saint-Victor [10] , futur pionnier de l’aéronautique avec Henri de La Vaux [11], est devenu un des meilleurs prédicateurs de la Compagnie de Jésus. André Legrand [12] et Alfred Waskiéwicz [13] avaient le verbe haut et le coup d’épée facile. Le marquis de Virville [14] était fier d’être un des descendants - en ligne collatérale s’entend ! - de Jeanne d’Arc. »

« Nous formions mille projets. Non que nous nous souciions d’assurer notre avenir, mais parce que nous avions l’ambition de travailler pour l’avenir de la France. Il est vrai qu’il entrait beaucoup d’inexpérience dans nos manifestations : du moins en tirions-nous le réconfort de marcher en compagnie de camarades animés d’un même idéal, partageant de communes espérances. »

« Des congrès monarchistes furent organisés à travers toute la France. Le comte de Bastard [15], Roger Lambelin [16] , Jean de Sabran-Pontevès [17], Paul Bézine [18] , André Buffet [19] , étaient sans cesse sur la brèche. On pouvait déclarer chimérique cette jeunesse dévouée à la cause royale, elle avait quand même le premier mérite d’être désintéressée, ce qui, aujourd’hui surtout, en un temps où le profit est maître, ne doit pas paraître si mince vertu. »

« C’est dans ce même cabinet particulier du premier étage de Durand où nous tenions nos assises le mercredi que, quelques années auparavant, le général Boulanger [20]avait vécu cette fameuse soirée qui faillit emporter la République. Il venait d’être élu député. Une foule immense, déferlant des boulevards à la Concorde, réclamait qu’il marchât sur l’Elysée où, déjà, le président pliait bagage. Mais Boulanger se dirigea… vers Bruxelles : Mme de Bonnemains [21] était mourante, Mme de Bonnemains sur la tombe de qui il devait se tuer. »

Notes

[1] Marcelin André Becq de Fouquières (1874-1959) - notice sur Wikipédia fr.wikipedia.org/wiki/André_de_Fouquières

[2] p.23-24 - Édition Pierre Horay, 1951.

[3] Fernand de Boyer de Fonscolombe (1841-1914) Membre du service d’honneur du comte de Paris, puis de celui du duc d’Orléans (notice sur Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernan...).

[4] Philippe duc d’Orléans (1869-1926) prétendant au trône de France depuis 1894, date de la mort de son père le comte de Paris (notice sur Wikipédia )

[5] Raoul Moisson, baron de Vaux (1875-1912). Président de la “Jeunesse royaliste” de Montmartre, sera inculpé dans l’affaire du « Complot contre la sûreté de l’État » en 1899.

[6] Edmond Marie Sylvain Gautier d’Ecurolles de Charnacé (1872-1899). Mort prématurément à Tunis, ses obsèques à Paris vont voir défiler tout le gratin royaliste ainsi que des membres de la famille royale, le duc d’Orléans s’était fait représenter.

[7] Comité de l’L’Œillet blanc – Fondé en 1895, cercle très sélect de royalistes mondains organisé sur le modèle du Jockey Club. L’association, très active dans l’entre-deux-guerres, existe toujours mais a, aujourd’hui, pour principale activité l’organisation de la messe du 21 janvier.

[8] Au 2 place de la Madeleine, le Restaurant Durand, où se réunissaient déjà en 1848 les députés de l’opposition, eut son heure de gloire au moment du Boulangisme. Et c’est aussi dans ce restaurant où le 13 janvier 1898 Zola rédigea sa lettre ouverte au président Félix Faure : "J’accuse", qui sera publiée dans l’Aurore du lendemain.

[9] Charles du Boys – personnage non identifié.

[10] Joseph Félix Georges de Castillon de Saint-Victor (1870-1962), pionnier de l’aéronautique, Secrétaire général de Fédération Aéronautique Internationale (1909-1912). En novembre 1913, à 44 ans, il entre dans la Compagnie de Jésus.

[11] Henry de La Vaulx (1870-1930), explorateur et aéronaute, fondateur de l’aéro-club de France en 1898 (notice Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_...).

[12] André Legrand – personnage non identifié.

[13] Alfred Waskiéwicz – personnage non identifié.

[14] Aymar Adrien Louis Marie Joseph Davy de Virville (1869-1951), lieutenant de cavalerie, maire de Saint-Aubin-du-Perron de 1907 à 1914.

[15] Henri Guillaume Armand "François" Bastard d’Estang (1848-1930) président de la “Jeunesse royaliste” – Maire d’Avoise (Sarthe) 1878- 1919.

[16] Roger Lambelin (1857-1929) cofondateur de la “Jeunesse royaliste”, président du Bureau politique du duc d’Orléans (notice sur Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_...])

[17] Jean de Sabran-Pontevès (1851-1912) candidat aux élections législatives de 1898 dans le 19ème arrondissement et dirige le “Clairon de la Villette-Combat”, inculpé dans l’affaire du « Complot contre la sûreté de l’État » en 1899.

[18] Paul Bézine (1861-1928) cofondateur de la “Jeunesse royaliste”, président du Bureau politique du duc d’Orléans (notice sur Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_B...)

[19] André Buffet (1857-1909) président du Bureau politique du duc d’Orléans, condamné à dix ans de bannissement dans l’affaire du "Complot contre la sûreté de l’État" en 1899(notice sur Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/André...)

[20] Georges Boulanger (1837-1891), général, ministre de la Guerre connu pour avoir ébranlé la Troisième République. Se suicide sur la tombe de sa maîtresse (notice de Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/George...)

[21] Marguerite Crouzet (1855-1891) épousé divorcée du vicomte Charles Frédéric de Bonnemains, devenue de la maîtresse du général Boulanger en 1887.

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