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Royaliste n°1274 du 13 mars 2024

L’écriture en voie de dislocation

La Nation française

mercredi 13 mars 2024

Les querelles autour de la langue furent nombreuses en Europe et ne datent pas d’hier. Nous eûmes en France au XVIIe siècle la préciosité et la querelle des Anciens et des Modernes. Il y eut aussi le langage affecté des pédants qui cherchaient à se distinguer du commun.

En cette fin du premier quart du XXIe siècle, des redresseurs de langue bien installés dans les médias et à l’Université (le plus souvent des linguistes et des sociologues) utilisent la langue comme outil de redressement mental de notre société. Inspirée des « gender studies » nord-américaines, l’écriture dite inclusive en est l’instrument.

Cette écriture, pour faire simple, récuse l’emploi du masculin générique afin de représenter, selon eux, les personnes s’identifiant au genre féminin ou non-binaire. Cette écriture expérimentale, ni stable ni homogène, se veut une écriture toujours en évolution allant de la double-flexion au langage non-binaire en passant par les mots épicènes et le point médian.

Son utilisation devient un marqueur sociétal de l’acceptation de cette pensée redressée. Les inégalités sociales liées aux conditions de travail, de rémunération ou de logement ne sont plus ici d’actualité. De même, peu importe que l’écriture faussement inclusive évince les personnes dyslexiques ou souffrant d’autres troubles « dys », les déficients visuels ou les personnes en difficulté d’apprentissage de la langue. L’inclusivité discriminante est un bel oxymore digne du 1984 de George Orwell !

L’écriture inclusive ne doit pas être confondue avec la féminisation des noms de métiers, de fonctions, des emplois, des grades et des titres qui est largement et logiquement adoptée. Cette écriture savante de déconstruction a déjà fait son apparition notamment dans l’enseignement supérieur avec des épreuves en écriture non-binaire ou dans des statuts administratifs. Déjà des guides d’écriture inclusive existent comme le « Guide d’écriture inclusive pour parlementaires récalcitrantes » (1). Les camps de rééducation inclusive ne sont pas loin.

Ces dérives langagières ont été condamnées sans résultat par l’Académie française et par deux circulaires, l’une pour la fonction publique d’État, l’autre pour l’enseignement primaire et secondaire. C’est pourquoi, des sénatrices et des sénateurs (double flexion) considérant que l’écriture inclusive ne résultait « de rien d’autre que d’une volonté d’affaiblir encore davantage la langue française en la rendant illisible, imprononçable et impossible à enseigner » ont déposé une proposition de loi « visant à protéger la langue française des dérives de l’écriture dite inclusive ».

Le jour même de l’inauguration de la Cité internationale de la langue française (2), où le président de la République fustigea (mais pour combien de temps) l’écriture inclusive, la proposition sénatoriale a été adoptée en première lecture par la majorité des membres du Sénat (langage épicène) puis transmise à l’Assemblée nationale.

La Commission des Affaires culturelles et l’Éducation de l’Assemblée nationale a élaboré rapidement un texte modifiant la proposition de loi des sénateur.rice.s (point médian) devenant « proposition de loi visant à protéger l’intelligibilité de la langue française ».

Le texte retenu par la Commission ne fait plus référence expresse à la notion d’écriture inclusive afin d’éviter de se positionner pour ou contre une écriture instable [demande des député.e.x.s (non-binaire) du groupe Renaissance] mais à la bonne compréhension de la langue française. Les échanges en Commission furent vifs. Seul est interdit l’usage « de pratiques rédactionnelles et typographiques visant à substituer à l’emploi du masculin, lorsqu’il est utilisé dans un sens générique, une graphie faisant ressortir l’existence d’une forme féminine. » Ces dispositions, une fois votées et après un passage toujours périlleux devant le Conseil constitutionnel, seront incluses dans la loi Toubon et dans le code de l’Éducation.

Ce texte qui devait être soumis au vote de l’Assemblée nationale le 7 décembre 2023 lors de la niche parlementaire des Républicains n’a pas été examiné. La date d’un examen du texte n’est pas connue.

Comme le Ciel de Lubitsch, la langue française peut attendre !

Marc Favre d’Echallens. Président de Droit de Comprendre

(1). Club de Médiapart : Éliane-Viennot, chercheuse en histoire, littérature, linguistique ou encore un guide de grammaire inclusive (https://divergenres.org/wp-content/uploads/2021/04/guide-grammaireinclusive-final.pdf)

(2). Voir l’article dans Royaliste n°1269 du 2 janvier 2024.