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Royaliste n°1314 du 31 décembre 2025

L’Union à hue et à dia

La Politique

mercredi 31 décembre 2025

Macron et Merz en juillet 2025. Le dernier conseil européen semble avoir tourné la page du couple franco-allemand.

Au cimetière des idées reçues, on enterre sans tambours ni trompettes la solidarité atlantique, le couple franco-allemand, la convergence des économies, la prospérité par le libre-échange. Ce n’est qu’un début. Il y a encore des impasses à explorer et des illusions à entretenir.

Il faut se méfier des chevelures trop bien disciplinées, comme des uniformes trop sanglés. L’esthétique de la rigidité, tant prisée par nos amis d’Outre-Rhin, masquait de violents désordres et un nihilisme profond qui ont naguère ensanglanté l’Europe. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un phénomène beaucoup plus banal mais néanmoins préoccupant. L’apparence stricte de la présidente de la Commission européenne, qui passe beaucoup de temps chez le coiffeur, cache de plus en plus mal la gestion erratique d’un chaos qui s’étend.

Avec ses manières de marquise qui sort à cinq heures, Ursula von der Leyen n’est pas la seule responsable de la situation. Elle ajoute sa touche personnelle au désordre ambiant en ne perdant jamais une occasion d’affirmer sa volonté de puissance, qui est toujours volonté de toute puissance comme son compatriote Nietzsche l’a naguère montré. Nous l’avons vue étendre son domaine, sans tenir compte des limites de ses attributions comme si ce capitaine de bateau ivre pouvait commander aux éléments. Nous voyons aujourd’hui cette kayserine de la bureaucratie européenne subir coup sur coup deux échecs qui affectent, comme par hasard, le gouvernement allemand.

Le premier échec, c’est Mercosur qu’il se nomme. Il s’agit plus exactement d’une grosse déconvenue : le traité devait être signé au Brésil le 20 décembre, Ursula était prête à s’envoler pour savourer son triomphe en compagnie de Lula et le chancelier Merz se promettait de commander, ce jour-là, une double ration de schnaps. Mais Emmanuel Macron, confronté à la colère paysanne, et Georgia Meloni pour des motifs plus complexes, ont obtenu un report de quelques semaines. Bien à l’abri dans les bureaux de la commission, Ursula van der Leyen peut faire semblant de ne pas être affectée par l’humiliation qu’elle vient de subir. L’impopulaire Friedrich Merz, en revanche, subit de plein fouet les critiques de la presse allemande et des milieux économiques, mais tente de sauver la face en affirmant que la signature est désormais acquise. A Bruxelles comme à Berlin, on envisage avec sérénité que la France soit secouée par une révolte paysanne d’une ampleur inédite…

Le second échec, cinglant, concerne les avoirs russes. Là encore, Friedrich Merz n’a écouté que son courage - celui d’un chancelier qui sait que son pays détient une part infime des avoirs russes. D’où sa violente campagne d’intimidation de la Belgique, relayée par la Commission européenne et soutenue par une presse dont la servilité n’est plus à démontrer (1). Tous ces efforts se sont brisés sur la détermination du Premier ministre belge qui s’est opposé à la saisie des avoirs russes, contraire au droit international et dangereuse pour le système bancaire européen. C’est une nouvelle humiliation pour la Commission européenne et pour le gouverne-ment allemand, qui se sont résignés à accepter le plan belge d’un emprunt commun de 90 milliards destinés à l’Ukraine.

Les illusions se dissipent. - Ces échecs viennent confirmer ce que l’on sait depuis la création du Marché commun : l’Europe censée « dépasser les nations » n’a été qu’une succession de compromis entre des Etats nationaux avant tout soucieux de défendre leurs intérêts. Cette logique nationale a dissipé l’illusion du « couple franco-allemand » entretenue par des légions d’éditorialistes. Nous assistons de surcroît à l’effondrement du « modèle allemand » donné en exemple par des myriades de journalistes et de hauts fonctionnaires nichés à Bercy. Après avoir infligé pendant des décennies des leçons d’orthodoxie néolibérale à la moitié de notre continent, la République fédérale connaît la pire crise économique de toute son histoire, dont les conséquences sociales et politiques vont se faire de plus en plus durement sentir.

Or le problème allemand est aussi notre problème. D’abord parce que la crise allemande a des effets directs sur notre économie en raison de l’importance des importations allemandes de produits français. Ensuite parce que l’Allemagne et son alliée de Bruxelles continuent à réciter le credo libre-échangiste, alors que l’Union européenne subit l’agressivité commerciale chinoise et le protectionnisme américain qui utilise conjointement l’arme des droits de douane (15%) et l’arme monétaire puisque la baisse du dollar par rapport à l’euro tourne autour de 15%. C’est ainsi que, mine de rien, nos exportations sont pénalisées de 30%.

Pour résister à ces offensives, il faudrait tout ce qui manque à l’Union européenne : un Etat, un projet de développement, une politique industrielle, une politique de protection de l’agriculture, une politique de change, un contrôle des mouvements de capitaux. Il faudrait aussi tout ce qui a été sacrifié au nom de sacro-saint marché mondial : un tarif extérieur commun, une préférence communautaire.

Nous aurons à observer, dans les prochains mois, comment des élites technocratiques qui se sont crues dans la posthistoire encaissent les contre-chocs de l’Histoire qui se fait dans notre moitié de continent. Elles vont nous vendre de nouveaux accords de libre-échange et un nouvel élargissement. Elles vont aussi, ces élites faillies, prendre acte de la fin de la prétendue solidarité atlantique en préservant ce qu’elles savent le mieux faire : la soumission aux Etats-Unis, dont Ursula von der Leyen nous a donné un exemple spectaculaire le 27 juillet dernier en capitulant devant Donald Trump.

Le traité de la servitude volontaire s’écrit à Bruxelles et à Berlin. Il est stupide d’y souscrire. ■

B. La Richardais.

(1). Cf. sur le blog de Bertrand Renouvin la chronique de Dominique Decherf, « Bart de Wever, ce héros », 21 décembre 2025.