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Une Révolution dans le royalisme - Première partie

- Auteur : Olivier Lespès

- Editeur : Editions Royaliste - Collection Lys Rouge

- 145 pages

La première histoire de la Nouvelle Action Royaliste, de ses origines intellectuelles et matérielles jusqu’à 1983, est l’œuvre d’un lycéen... et c’est un coup de maître.

Première édition : mars 1984

ISBN 2-904802-00-02

A nouveau disponible en édition électronique en payant par le lien ci-dessous :

Ou en version papier, en passant par le lien ci-dessous :

Ayant décidé de faire une étude sur les jeunes et la politique en 1983, j’eus l’occasion d’avoir différents contacts qui m’amenèrent à découvrir un petit mouvement dont les jeunes militants se disaient « royalistes » tout en piétinant résolument les perruques et les carrosses, images d’Épinal de l’ancienne Monarchie.

De plus, ils proclamaient des slogans aussi inhabituels que « Monarchie Populaire » ou « Anarchie + Un », et prétendaient associer l’action politique et la réflexion intellectuelle ; à cette occasion, ils s’étaient même payé le luxe de présenter un candidat aux élections présidentielles de 1974, et récidivaient en se présentant aux municipales de 1983. Un tel anachronisme apparent ne manqua pas d’attirer ma curiosité. Qu’étaient-ils exactement ?

Tricératops ? Poètes ? Ou tout simplement marginaux ? A la question « Peut-on encore se dire royaliste aujourd’hui ? », ils répondirent « Non seulement encore, mais déjà ! » J’ai voulu en savoir davantage, et suis allé à leur rencontre.

Olivier Lespès

Table des matières

Une Révolution dans le Royalisme

Préface de Frédéric Aimard

AVANT - PROPOS

Première Partie

ORIGINES DE LA NOUVELLE ACTION ROYALISTE

Chapitre I

LE MOUVEMENT D’ACTION FRANÇAISE

A. FONDATION

B. DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L’ACTION FRANÇAISE

Chapitre II

NAISSANCE DE LA NOUVELLE ACTION FRANÇAISE (N.A.F.)

ORGANIGRAMME DE LA RESTAURATION NATIONALE

A. LA SCISSION

ORGANIGRAMME DE LA N.A.F. EN 1971

B. IDÉES PRINCIPALES DE LA N.A.F.

Chapitre III

DE LA NOUVELLE ACTION FRANÇAISE A LA NOUVELLE ACTION ROYALISTE (N.A.R.)

A. REPERES CHRONOLOGIQUES

B. INTRODUCTION 43

LA N.A.R. PAR RAPPORT A MAURRAS

C. RECHERCHE DE BERNANOS

D.CE QUI NE CHANGE PAS

E. CE QUI SE RENFORCE

F. CE QUI EST BOULEVERSE

G. CONCLUSION

Deuxième Partie

DEVELOPPEMENT HISTORIQUE DE LA NOUVELLE ACTION ROYALISTE

Chapitre 1

INSERTION DE LA N.A.R. DANS LE DEBAT POLITIQUE

Chapitre II

DEBATS INTELLECTUELS

1. DEBAT AVEC LES GAULLISTES

2. CAMPAGNE CONTRE L’EXTREME-DROITE

3. DEBAT AVEC LE GAUCHISME

4. LES « NOUVEAUX PHILOSOPHES »

5. DEBAT AVEC LE GIRARDISME

CONCLUSION

Chapitre III

RAPPORTS ENTRE LE PRETENDANT ET LA N.A.R.

1. LE COMTE DE PARIS ET LES ROYALISTES

2. LE PRETENDANT ET LA N.A.R.

Troisième Partie

CARACTERISTIQUES DE LA NOUVELLE ACTION ROYALISTE

Chapitre 1

SOCIOLOGIE

1/ PORTRAIT PYSIQUE :

2/ DES CITOYENS RESPONSABLES

Chapitre II

ORGANISATION DE LA N.A.R.

1. LES TROIS ASPECTS

2. L’ADMINISTRATION

3. LES FINANCES

Quatrième Partie

DES RELATIONS QU’ELLE ENTRETIENT… …A L’IMAGE QU’ELLE DONNE

Chapitre 1

LES RELATIONS DE LA N.A.R. AVEC LES MOUVEMENTS MONARCHISTES ETRANGERS

1. LA N.A.R. ET LE PARTI POPULAIRE MONARCHIQUE PORTUGAIS

2. LA N A.R. ET L’UNION MONARCHISTE ITALIENNE

Chapitre II

LA N.A.R. VUE PAR LA PRESSE

1. INTRODUCTION

2. LES PRESIDENTIELLES DE 1974

3. 1975 : PUBLICATION DU « DESORDRE ETABLI »

4. 1978 : LA N.A.F. DEVIENT LA N.A.R.

5. LES PRESIDENTIELLES DE 1981

6. LES ELECTIONS MUNICIPALES DE 1983

Chapitre III

LA N.A.R. VUE PAR LES INTELLECTUELS

CONCLUSION GENERALE

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  • Une Révolution dans le royalisme - Préface 4 avril 2010 19:11, par F.Aimard

    Quand le lycéen Olivier Lespès décida de faire le mémoire de fin d’étude qu’on va lire (ou relire), car c’était prévu dans le lycée privé où il avait suivi sa scolarité, j’étais pour ma part militant royaliste depuis plus d’une dizaine d’années et responsable de l’imprimerie du mouvement. J’ai composé ce livre sur ma « Compocarte IBM », mon ami Patrice l’a imprimé sur notre Hamada 500-CD. Et nous l’avons paginé et relié avec des machines que nous maîtrisions assez mal mais dont nous étions très fiers. Je m’étais engagé à la N.A.F. dès les premiers mois de sa fondation, en 1971, alors que j’étais lycéen, à Lakanal, immense établissement de la banlieue sud de Paris qui faisait alors figure de cocotte-minute politique où des groupes communistes, maoïstes, trotskistes, anarchistes, « situationnistes », et autres gauchistes de tout poil pouvaient chacun compter sur non pas des dizaines, mais des centaines de militants mobilisables d’un claquement de doigt, prêts à réagir par exemple à la moindre « provocation » d’une rare extrême-droite allant des fascistes de Nouvelle Europe aux gaullistes de l’Uni. Qui pourrait croire aujourd’hui que notre section royaliste comptait une dizaine de militants « chevronnés » et une bonne cinquantaine de sympathisants ? Nous faisions des collages d’affiches avec trois véhicules. Un jour nous invitâmes Gérard Leclerc dans la grande salle du foyer du lycée. 150 lycéens au moins étaient là, peut-être plus, et il sut les subjuguer avec une chevelure, une gestuelle et une dialectique qui n’avaient rien à envier aux leaders gauchistes de l’époque. Il faut dire qu’en ces années hyperpolitisées de l’après-Mai 68, dans beaucoup d’endroits, celui qui voulait prendre la parole pouvait presque toujours le faire pour peu qu’il respectât les formes du moment. Nous autres, jeunes royalistes, chevelus et en jean à « pattes d’éléphant » avions choisi dans la vieille panoplie des slogans maurrassiens « Monarchie = Anarchie + Un » ou bien « Monarchie populaire » que l’on peignait en lettres blanches énormes sur les murs des maisons visibles depuis le RER…

    Ce temps ne dura pas pour moi. Étudiant en Histoire à Censier, bastion que se disputaient communistes et troskistes de « l’AJS », je subis un quasi terrorisme intellectuel et physique de la part de professeurs et d’étudiants qui n’avaient plus rien de mes débonnaires condisciples du lycée, même quand c’était les mêmes personnes... Qu’étais-je aller faire dans cette galère ? Je trouvais tout de même l’occasion d’exprimer ma fougue militante dans de passionnantes ventes à la criée du journal sur le boulevard St-Michel ou à la gare St-Lazare où nous discutions des heures avec des personnes de toutes générations que l’idée de Monarchie n’effrayait pas plus que ça et qui nous donnaient volontiers une petite pièce pour nous encourager. Privilège de la jeunesse enthousiaste, réchauffant le cœur des victimes du « métro-boulot-dodo ». En 1974, je fis mon service militaire, intense moment militant aussi, même s’il ne me permit pas de profiter comme je l’aurais voulu de la campagne présidentielle de Bertrand Renouvin. Et puis, à mon retour, en 1975, la société avait déjà beaucoup changé, le libéralisme était à l’œuvre et l’inquiétude générale remplaçait de plus en plus largement le goût de l’utopie et du débat. Je fis des études de droit dans la petite faculté de Sceaux où je retrouvais une assez grande liberté de discussion, où je pu encore faire venir Gérard Leclerc et d’autres orateurs devant des publics importants, ouverts et intelligents d’étudiants et même de professeurs. Mais le temps des militants nombreux et corvéables à merci était en train de passer. Vint le temps des petits groupes, des déceptions pratiques que ne compenseraient pas quelques réussites techniques comme, pour moi et mon camarade Patrice, l’installation de cette lourde Offset et d’un atelier de composition aux quatrième étage des locaux de la NAF (sans ascenseur…) d’où sortaient alors livres, brochures et revues royalistes notamment.

    On lira dans le travail d’Olivier Lespès que la NAF des débuts était « maurrassienne ». Sans doute puisque j’avais, moi aussi, lu sérieusement une bonne dizaine de livres du Maître et que je m’étais même laissé convaincre de son talent de poète. Sans doute puisque j’achetais avec voracité des romans de Léon Daudet ou des essais de Georges Valois (à 1 F !) sur les quais de la Seine ou aux Puces de Montreuil. Gérard Leclerc publiait, trop tard, « Un Autre Maurras » qui faisait du vieux réactionnaire pétainiste dont nous avons l’image, une sorte de soixante-huitard avant la lettre… Un livre que Gérard aurait probablement écrit tout à fait autrement quelques mois seulement plus tard ? Oui, les idées du mouvement évoluaient, ainsi que le décrit Olivier Lespès, mais peut-être pas aussi nettement que cela peut ressortir de l’étude des papiers que l’ont peut désormais redécouvrir sur le site www.archivesroyalistes.org. En vérité nous ne savions pas grand chose de l’histoire de l’A.F., de ses raidissements, de ses ignominies… Je n’ai jamais rencontré aucune trace d’antisémitisme dans ce qu’on a pu m’apprendre à la NAF. Bien au contraire, le mouvement fondé par le fils de Jacques Renouvin, grand résistant royaliste mort en camps de concentration, était imprégné d’un « gaullo-monarchisme » qui me semble avoir été pré-existant à la redécouverte du Prétendant que décrit Olivier Lespès.

    Je crois pouvoir dire que notre royalisme était plus d’affirmation que de contestation, notre révolte était celle de toute une jeunesse et se faisait assez largement avec des fleurs (de lys). Nous puisions certes dans le vieux fonds doctrinal mais avec les lunettes roses de notre temps. Pierre Andreu par exemple, un très vieux royaliste qui avait vu beaucoup de choses, nous expliquait, dans un des premiers numéros de la revue « Le Lys rouge » que je lançais avec Roland Eymard et José Macé, que « l’autogestion » c’était au fond ce qu’avait toujours voulu le marquis de la Tour du Pin, le théoricien français du corporatisme à la fin du XIXe siècle ! Et nous acceptions de le croire avec reconnaissance et affection. Et nous arrivions, sur ces bases, à discuter avec des « autogestionnaires » proches de Michel Rocard…

    J’arrête là cette préface bavarde à ce petit livre dont j’ai donc été à l’origine matérielle lors de sa première édition et dont j’espérais depuis longtemps une réédition pour laquelle d’aucuns avaient envisagé un travail de complément. Cette réédition se fera sans les compléments prévus et grâce à un site d’édition électronique. C’est mieux que rien. Le temps de la longue histoire qui a suivi ce qui est raconté ici n’est sans doute pas encore venu. Ceux qui ont vécu cette suite n’ont guère le goût de se raconter, car il faut dire que la route a été de plus en plus difficile, parsemée d’embûches et de désillusions. Mon propos aujourd’hui est de dire que je ne me reconnais pas entièrement dans l’honnête travail du lycéen de 1983 dont nous avons aimé la candeur et qui, comme tant d’autres militants, n’a pas donné tous les fruits que l’on espérait de lui. Il a fait cependant alors un travail unique. Mais le vrai travail d’historien professionnel resterait à faire. Il se fera sans doute, quand nous serons tous morts et que les trois quarts des archives auront disparu, comme c’est toujours le cas. Il y a une seule chose dont je suis sûr, c’est que dans la deuxième moitié du XXe siècle, deux mouvements royalistes seulement méritent de laisser une trace dans l’histoire politique et dans l’histoire des idées. Ce sont la Nation française et la Nouvelle Action Royaliste. Cela grâce aux qualités intellectuelles et aussi morales de leurs fondateurs. Quelqu’un justifiera peut-être un jour mes affirmations péremptoires.

    F.A.

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  • Une Révolution dans le royalisme - Avant-Propos 4 avril 2010 19:13, par F.Aimard

    Ayant décidé de faire une étude sur les jeunes et la politique en 1983, j’eus l’occasion d’avoir différents contacts qui m’amenèrent à découvrir un petit mouvement dont les jeunes militants se disaient « royalistes » tout en piétinant résolument les perruques et les carrosses, images d’Épinal de l’ancienne Monarchie.

    De plus, ils proclamaient des slogans aussi inhabituels que « Monarchie Populaire » ou « Anarchie + Un », et prétendaient associer l’action politique et la réflexion intellectuelle ; à cette occasion, ils s’étaient même payé le luxe de présenter un candidat aux élections présidentielles de 1974, et récidivaient en se présentant aux municipales de 1983.

    Un tel anachronisme apparent ne manqua pas d’attirer ma curiosité.

    Qu’étaient-ils exactement ?

    Tricératops ? Poètes ? Ou tout simplement marginaux ?
    A la question « Peut-on encore se dire royaliste aujourd’hui ? », ils répondirent « Non seulement encore, mais déjà ! »

    J’ai voulu en savoir davantage, et suis allé à leur rencontre.

    Olivier Lespès

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  • Première Partie

    ORIGINES DE LA NOUVELLE ACTION ROYALISTE

    Chapitre I

    LE MOUVEMENT D’ACTION FRANÇAISE

    A. FONDATION

    L’Action française est née de l’affaire Dreyfus, dans une France divisée en deux camps irréconciliables, profondément meurtrie par la perte de l’Alsace-Lorraine et récemment humiliée par les événements de Fachoda, dans une atmosphère de crise, d’angoisse et de guerre civile.
    Durant toute sa vie, Maurras restera obsédé par le souvenir de l’affaire Dreyfus, dont les conséquences lui paraissent évidentes. « Au moral, la haine de l’esprit militaire, au matériel un désarmement qui attire la guerre comme l’aimant le fer ».

    1. CONTEXTE POLITIQUE, ECONOMIQUE ET SOCIAL DES ANNEES 1890-1900.

    Mal acceptée par diverses tendances de la droite, travaillée par les différentes tendances du socialisme naissant, la République des députés, la République « sans le peuple » fait face à une immense opposition populaire.
    Le général Georges Boulanger (1837-1891), ministre de la Guerre imposé par les radicaux, exploite le mécontentement, se dit général d’« extrême-gauche », et capable d’assurer la revanche en cas d’une nouvelle agression allemande, que l’attitude de Bismarck en 1887 laisse envisager. Mais sa popularité devenant trop encombrante, il est expulsé du cabinet de Maurice Rouvier en mai 1887.

    Plus tard Sadi Carnot veut poursuivre la politique de Rouvier et de Grévy, mais Boulanger, à la retraite et donc éligible, s’impose en champion d’une République nouvelle, avec la devise : « Dissolution - Révision - Constituante ».
    Il est conseillé par un comité de radicaux. Un groupe de parlementaires monarchistes tente de l’utiliser pour fédérer les diverses tendances de la droite et élargir un électorat déclinant. Des personnalités royalistes lui fournissent des sommes importantes (cf. Philippe Levillain, « Boulanger, fossoyeur de la Monarchie », Flammarion, 1983). Bien que soutenu par la foule, l’armée et la police, il hésite à marcher sur l’Élysée le soir du 27 janvier 1889.

    Clemenceau le soupçonnait d’être un « nouveau Bonaparte ». Les dirigeants de la droite parlementaire espéraient "qu’il serait le marchepied du comte de Paris qui, depuis la mort du Prince impérial en 1879 et celle du comte de Chambord en 1883, reste le seul prétendant. Mais il semble que Boulanger ne fomentait aucun coup d’État et pensait être porté naturellement au pouvoir lors des élections générales de l’automne 89, qu’il voulait transformer en plébiscite. Dès lors les républicains se ressaisirent et Boulanger, inculpé de complot contre la sûreté de l’État, dut s’enfuir à Bruxelles le 19 avril 1889.
    Ce fut la fin du mouvement boulangiste.

    Condamné à la détention perpétuelle l e 14 août, par contumace, le général erra de Londres à Bruxelles et se suicida en 1891. Son aventure révélait l’impossibilité de gouverner la République à la fois contre les radicaux et sans les conservateurs. Mais le Boulangisme avait démontré le trouble profond du pays, né des inquiétudes nationales et du malaise social.

    L’élément déterminant de ces inquiétudes étant l’isolement de la France devant la menace allemande, la droite reprit désormais à son compte un nationalisme dont le soutien à l’armée et aux entreprises coloniales furent les thèmes majeurs.

    Devant le malaise social le Boulangisme a été, à sa façon, un antisocialisme. Après lui, le socialisme révélera sa puissance, débordant les radicaux, conquérant les municipalités des villes ouvrières. Dans cette famille d’idées, les guesdistes conservent leur intégrité doctrinale tout en entrant dans le jeu électoral, les possibilistes ne sont guère, en revanche, que des radicaux socialistes. Certains radicaux passent au socialisme, tel l’avocat Alexandre Millerand. La révolte sociale sympathise avec l’anarchisme autant qu’avec le socialisme.
    Depuis 1892 se succèdent : attentats à la bombe de Vaillant, attentats terroristes de Ravachol, - assassinat de Sadi Carnot en 1894 par Casério, - répressions et exécutions, - rassemblements et grèves ouvrières, - révoltes et affrontements avec la troupe comme à Fourmies le 1er mai 1891 où la troupe réprime durement une manifestation de grévistes.

    Les militants syndicalistes éprouvent une égale défiance vis-à-vis de l’État et des partis, même socialistes, qui veulent les utiliser.

    Les Bourses du Travail sont, pour les syndicalistes, un « refuge » contre les partis.

    Le 1er Mai est déclaré fête du Travail pour la première fois en 1890, à l’instigation de la deuxième Internationale, créée l’année précédente.

    En 1891-1892, une alliance défensive est conclue avec la Russie contre l’Allemagne, malgré la dissemblance des régimes politiques. Le Tsar Alexandre III se proposait de stabiliser la situation européenne avant de se lancer dans une politique ambitieuse en Asie.

    Pour lutter contre la dépression économique, les industriels français réclament le retour au protectionnisme.

    En 1892, les boulangistes et les nationalistes soulèvent le scandale de Panama.

    Aux élections de 1893, les monarchistes, dont le fond de l’électorat était formé de catholiques, font désormais figure de groupe résiduel.

    Le socialisme, avec Millerand et Jaurès, commence alors à jouer le rôle de « Parti de l’Avenir ».

    C’est dans cette atmosphère politique que couve « l’Affaire » qui va éclater.

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  • Accusé d’avoir transmis à l’Allemagne des documents secrets, le capitaine Dreyfus, membre des Services d’administration du ministère de la Guerre, est jugé, dégradé, et condamné à la déportation et aux travaux forcés en Guyane en 1894.

    Le 6 janvier 1895, lendemain de la dégradation de Dreyfus, Léon Daudet écrit dans « Le Figaro » : « Sur les débris de tant de croyances, une seule foi reste réelle et sincère : celle qui sauvegarde notre race, notre langue, le sang de notre sang, et qui nous rend tous solidaires. Ces rangs serrés ce sont les nôtres. Le misérable n’était pas Français. Nous l’avions tous compris par son acte, par son allure, par son visage. »

    Les thèmes d’ordre, d’autorité, d’honneur, aident à penser qu’il n’y a de problèmes que par la faute de coupables désignés. « Les amis de Dreyfus, quelle présomption de sa culpabilité !... Ils injurient tout ce qui nous est cher, notamment la Patrie, l’Armée... Leur complot divise et désarme la France, et ils s’en réjouissent. Quand même leur client serait un innocent, ils demeureraient des criminels. » écrit Maurice Barrés dans « Scènes et doctrines du nationalisme ».

    La qualité de Juif de Dreyfus semble avoir contribué à sa condamnation. La presse se déchaîne contre le « traître juif », et notamment Édouard Drumont dans son journal « La Libre Parole ». Mais des doutes sur la régularité du procès apparaissent. La thèse de l’innocence gagne bientôt des milieux influents tandis qu’en janvier 1898 Émile Zola publie, dans « L’Aurore », une lettre ouverte au président de la République dans laquelle il dénonce l’erreur judiciaire, l’injustice militaire et les intrigues pour étouffer l’Affaire. Désormais la France se divise en deux camps viscéralement opposés, qui s’entredéchirent.

    Les antidreyfusards, parmi lesquels on compte des intellectuels conservateurs, la plupart des académiciens, des universitaires de Droit ou de Médecine, et bon nombre de catholiques, se vantent de soutenir l’Armée « bouclier de la Patrie ». Maurice Barrés, Charles Maurras, Léon Daudet, Paul Valéry se retrouvent dans ce camp.
    Dans l’autre camp on trouve Émile Zola, Anatole France, Charles Péguy, André Gide, ainsi que de nombreux professeurs, des radicaux, des anticléricaux...
    Ces derniers créent la Ligue des Droits de l’Homme.
    Plus tard Jaurès entraînera le socialisme dans le camp dreyfusard.

    Le président Félix Faure, antidreyfusard, meurt en 1899. Les nationalistes orientent alors leur campagne contre le nouveau président, Émile Loubet, républicain convaincu. Waldeck-Rousseau, président du Conseil, met fin à l’« Affaire » en graciant Dreyfus (1899), en le décorant et le rétablissant dans ses fonctions au Ministère (1906).
    II mate l’agitation nationaliste et, pour amener les généraux à la discipline, il fait appel au général de Galliffet, prestigieux soldat à l’esprit indépendant, qui s’était signalé dans la répression de la Commune.

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  • En août 1899, un professeur de philosophie âgé de 34 ans, Henri Vaugeois, et un critique littéraire de 26 ans, Maurice Pujo, fondent une revue à couverture grise qui paraît tous les quinze jours : la « Revue de l’Action Française ».

    Ils ne sont royalistes ni l’un ni l’autre à l’origine, mais ils jugent que la Ligue de la Patrie Française de Jules Lemaître s’enlise dans l’académisme et ils veulent créer un mouvement plus dynamique.

    Charles Maurras, qui avait écrit en 1898, dans le journal royaliste « La Gazette de France » un article retentissant dans lequel il se solidarisait avec le colonel Henry, au lendemain de son suicide, rejoint le petit groupe qui s’est formé autour de la revue de « L’Action Française ».
    On l’appelle la « revue grise » ; elle se veut une revue de réflexion sur le nationalisme, un « laboratoire d’idées ».
    Ce petit groupe est composé d’une très faible minorité de royalistes, dont Maurras, mais comprend surtout des républicains, des fédéralistes, partisans de la décentralisation.

    Jacques Bainville, jeune historien et journaliste et ami intime de Maurras, et Léon Daudet ne tardent pas à se joindre à eux.

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  • Après s’être longtemps cherchée, l’Action Française devient un mouvement royaliste en 1904. Cette recherche aura consisté pour Maurras à s’astreindre farouchement à convaincre ses collaborateurs de se convertir au royalisme. Maurras affirme que le vrai nationalisme aboutit logiquement et naturellement au royalisme qui représente la seule voie possible pour atteindre « l’esprit patriotique ».

    Pendant plusieurs années, la revue de l’Action Française ne connaît qu’une audience limitée.

    Mais deux événements surviennent en 1905, qui amènent l’Action Française à prendre son essor :

    - l’alerte de Tanger qui place brusquement la France en face de la menace allemande, et qui sera suivie par l’alerte d’Agadir en 1911.

    Le conflit entre le gouvernement et les catholiques concernant la séparation de l’Église et de l’État, et la crise provoquée par les Inventaires.

    Un certain nombre d’officiers catholiques, comme Bernard de Vésins ou Robert de Boisfleury, refusant de suivre des ordres contraires à leur foi, donnent leur démission et rejoignent l’Action Française.

    Dans diverses régions de France, notamment dans l’Ouest, les adhésions à la Ligue d’Action française créée en 1905 se multiplient. L’A.F. apparaît bientôt comme le seul mouvement d’opposition catégorique au régime.

    Dans la déclaration de la Ligue de l’Action Française, l’A.F. appelle tous ses membres à s’engager à remplir tous les devoirs d’un « patriote conscient », c’est-à-dire à combattre le régime républicain qui est le « règne de l’étranger », et qui « désorganise la défense nationale et favorise des influences religieuses directement hostiles au catholicisme traditionnel. »

    « Le seul espoir pour la France est la Monarchie personnifiée par Monseigneur le Duc d’Orléans, héritier des Quarante Rois qui en mille ans firent la France. »
    Seule la Monarchie assure le Salut Public et prévient des maux que l’antisémitisme et le nationalisme dénoncent, car elle répond de l’ordre.

    Organe nécessaire de tout intérêt général, la Monarchie relève l’Autorité, les Libertés, la Prospérité et l’Honneur. » (Déclaration de la Ligue d’A.F.)

    A la Ligue d’Action Française, s’ajoutent en 1906 les « Camelots du Roi », qui se préoccupent avant tout d’agir dans la rue, et l’Institut d’Action Française qui est une entreprise pédagogique avec une chaire Maurice Barrés sur la Doctrine Nationaliste et une chaire du Syllabus où l’on dénonce le modernisme et le catholicisme libéral, etc.
    En mars 1908, la revue de l’Action Française se transforme en un quotidien, l’Action Française qui paraîtra sans interruption pendant 36 ans.

    De 1905 à 1914, l’A.F. organise une série de manifestations :

    — en 1905, pour célébrer le soixante-quinzième anniversaire de la naissance de Fustel de Coulanges, mort en 1889, qui n’était ni royaliste ni catholique, mais dont l’A.F. revendique le patronage car c’est un historien patriote ;

    - en 1906, après la décision de la Cour de Cassation annulant la condamnation de Dreyfus en vertu de l’article 445, contre lequel se déchaînent les « camelots du Roi » ;

    - en 1908, contre le transfert des cendres de Zola au Panthéon ;

    - en 1908, aussi, contre le professeur Thalamas, « l’insulteur de Jeanne d’Arc », et contre le germaniste Charles Andler, accusé d’avoir conduit ses étudiants en Allemagne ;

    - en 1910, lorsque le président du Conseil, Aristide Briand, est giflé par un camelot du Roi ;

    - en 1911, contre l’auteur de théâtre Henry Bernstein, accusé d’avoir déserté pendant son service militaire ;
    - en 1912, contre Jean-Jacques Rousseau à l’occasion du bicentenaire de sa naissance.

    Jusqu’à sa disparition, l’A.F. gardera le même style de polémique et d’agitation.

    L’A.F. se caractérise très vite comme étant un mouvement corporatiste du point de vue économique et social, antisémite, antigermanique, antiparlementaire, antidémocratique, traditionaliste, décentralisateur et luttant pour la Monarchie héréditaire.
    En politique intérieure, les attaques maurrassiennes se fixeront deux cibles qui se confondent :

    — La République d’une part,

    — les juifs et les francs-maçons de l’autre, deux aspects du même dragon que le royaliste doit combattre sans merci et « par tous les moyens ».

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  • Charles MAURRAS (1868-1952)

    Le jeune Charles Maurras, issu d’une famille de petite bourgeoisie provençale, orphelin de père, après de brillantes études dans un collège religieux d’Aix, n’a pas pu faire de véritables études académiques à cause de sa surdité qui constitue le drame de sa vie. Il arrive à Paris avec sa mère et son jeune frère et débute obscurément dans le journalisme.

    Quatre ans plus tard, il écrit dans « La Gazette de France », journal royaliste, où il fait ses débuts, tout en n’étant pas royaliste,

    De 18 à 22 ans, il est préoccupé par la foi religieuse qu’il a perdue, et la fascination de la Grèce antique.
    Esthète, il fréquente bientôt les milieux intellectuels de la capitale, et il est influencé dans ses propres réflexions par le dilettantisme de Renan, le pessimisme de Schopenhauer, le déterminisme de Taine. Mais d’autres maîtres vont agir sur lui : ce sont, après Anatole France qui endurcit son paganisme, Barrés qui le sensibilise au sens de la Patrie, Mistral qui stimule son amour du terroir et dont le jeune Maurras ne peut oublier l’action politique.

    Le positivisme d’Auguste Comte permet enfin à Maurras, qui est agnostique, de définir un ordre moral et politique en dehors de toutes références métaphysiques.

    Enfin. Maistre et Bonald lui apportent les éléments de son traditionalisme, tandis que Le Play et La Tour du Pin lui font préciser ses idées sur la société et notamment sur le rôle de la famille

    L’année 1895 est décisive pour Maurras. C’est celle de son voyage en Grèce, d’où il rapportera « Anthinéa », ouvrage fondamental pour l’expression de sa pensée politique et philosophique, et dans lequel il exprime ce que devrait être l’ordre du monde.

    Ce n’est qu’au retour de son voyage en Grèce que Maurras s’affirme royaliste.

    En 1898, il se joint au petit groupe nationaliste naissant, créé sur l’initiative d’Henri Vaugeois et de Maurice Pujo. En 1904, il en aura fait un mouvement royaliste.

    Pour ne pas compromettre le rapprochement de l’A.F. et des catholiques, il supprime environ quatre pages d’« Anthinéa » violemment antireligieuses.

    C’est en 1895 qu’éclate l’affaire Dreyfus, qui aura pour Maurras des conséquences marquant l’essentiel de sa pensée politique, à savoir que l’individu ne doit pas primer l’État, contrairement à ce qui se passe en démocratie, et que, pour restaurer l’autorité de l’État, il faut à celui-ci la durée et l’unité de commandement, donc l’hérédité, d’où la Monarchie.

    En 1901, il réalise « L’Enquête sur la Monarchie », suite d’entretiens qui définissent un royalisme à la fois traditionnel et nouveau, dans la ligne de la revue de l’A.F. Royalisme nouveau parce que Maurras ne croit pas au droit divin des Rois mais s’appuie sur la raison positive, retournant en quelque sorte le catéchisme républicain par une redoutable dialectique.

    Il prône la monarchie héréditaire car l’éducation lui paraît fondamentale dans la formation d’un roi, comme dans celle d’un artisan ou d’un diplomate, et quelle meilleure éducation que celle de la famille et du milieu ?

    Il s’agit en quelque sorte d’une famille de spécialistes comme devrait l’être l’ensemble des familles françaises pour un « meilleur rendement humain ».

    Désormais, la vie de Maurras est toute vouée à son activité de journaliste politique, surtout à partir de 1908, où l’A.F., devenue un quotidien, ne cessera de se développer.

    Quand il connaît la prison, en 1935, non seulement il ne cesse pas de rédiger son article quotidien, mais il élabore largement des ouvrages qui deviendront : « Mes idées politiques » (1937), bilan synthétique de sa doctrine, « Devant l’Allemagne éternelle » (1937). Entre temps, il publie, en 1925, un recueil de poèmes : « Musique intérieure ».

    Maurras connaît une très large audience intellectuelle, du fait de son talent littéraire et de son art de la polémique. Des hommes aussi différents que Léon Daudet et Henri Massis, Robert Brasillach et Georges Bernanos, Pierre Gaxotte, Jacques Maritain, Thierry Maulnier, Kléber Haedens et, au début, Barrés, Henri Bordeaux, Jacques Bainville, Paul Bourget, se trouvent un moment rassemblés sous l’étendard maurrassien.

    Cependant nombreux sont ceux qui quittent l’A.F.

    - Maritain en 1926 avec la condamnation pontificale, (pour Maurras, l’Église était essentiellement une autorité utile pour l’ordre, « un temple des définitions du devoir »),

    - Bernanos en 1932, sa conception du royalisme étant différente de celle de l’A.F.,

    - Brasillach en 1941, parce qu’il était devenu collaborationniste.

    Arrêté en septembre 1944 pour intelligence avec l’ennemi car il a soutenu le régime du Maréchal Pétain, condamné à la dégradation civique, à la détention perpétuelle, à Riom puis à Clairvaux, il poursuit son œuvre tant politique que littéraire, en écrivant entre autres « L’ordre et le désordre » en 1948. Ayant obtenu une grâce en raison de sa santé très peu de temps avant de mourir dans une clinique de Tours et alors qu’il a retrouvé la foi de son enfance, il laisse encore, notamment, un livre sur Pie X et un dernier recueil de poèmes.

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  • Une Révolution dans le royalisme - Maurice PUJO 4 avril 2010 20:37, par F.Aimard

    Maurice PUJO (1872-1955)

    A vingt ans, il fonde une revue d’art : « L’Art et la Vie ».
    L’affaire Dreyfus le jette dans la vie politique, et il crée en 1898 avec Henri Vaugeois, un comité de réflexion sur le nationalisme autour de la « Revue de l’Action Française ».

    L’année suivante il rencontre Maurras.
    Dès lors, sous son influence, Pujo devient royaliste. Journaliste et, à partir de 1917, rédacteur en chef du quotidien, il assume depuis 1 908 la direction des « camelots du Roi ».

    En 1940, il suit l’A.F. à Lyon. Co-directeur du journal en remplacement de Léon Daudet en 1943, il continue d’exprimer son anglophobie et son aversion pour l’Allemagne nazie dans ses articles, ce qui lui vaut d’être arrêté par la Gestapo en 1944.

    A la Libération, il est arrêté avec Maurras et condamné en 1945 à 5 ans de prison.

    Libéré, il se consacre à la renaissance du mouvement, et devient un des principaux collaborateurs d’« Aspects de la France », organe de presse maurrassien.
    Après sa mort, son fils, Pierre, lui succèdera dans ses tâches.

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  • Une Révolution dans le royalisme - Jacques BAINVILLE 4 avril 2010 20:39, par F.Aimard

    Jacques BAINVILLE (1879-1936)

    Il est issu d’une famille républicaine et on l’a souvent qualifié d’esprit voltairien. Très jeune, il a cru à l’innocence de Dreyfus mais il a été dégoûté par l’attitude antifrançaise des dreyfusards. Après ses études secondaires, un voyage en Allemagne lui fait découvrir la puissance de L’Empire allemand, et il se demande si la République française est assez forte pour faire face à un si redoutable voisin. Il écrit, à 20 ans, et publie, en 1900, une biographie de Louis II de Bavière dont le succès ne se démentira jamais.
    Il rencontre Maurras peu après son retour, et devient son ami.
    Il débute dans le journalisme à « La Gazette de France ».
    Lorsque l’A.F. devient un quotidien en 1908, Maurras lui confie la direction du secteur de la Politique étrangère, que Bainville détiendra jusqu’a sa mort.
    En 1916, il est chargé d’une mission officielle en Russie, d’où il revient pessimiste.

    Il écrit « Histoire de trois générations » en 1918.
    La paix revenue, il déplore le maintien de l’unité allemande dans « Conséquences politiques de la Paix » (1920).

    En 1924 paraît « Histoire de France » qui connaît un énorme succès de librairie.

    Bainville a désormais acquis l’audience d’un vaste public. Il est, depuis 1920, directeur de la « Revue Universelle », et écrit régulièrement, non seulement dans l’A.F., mais dans « Le Petit Parisien », « La Liberté », « Candide », etc.
    En 1935, il est élu à l’Académie française.

    Historien politique, Bainville cherche à éclairer les faits d’une lumière qui permette de mieux comprendre leur enchaînement. Observateur de son temps, il excelle à déceler les conséquences prévisibles du jeu des puissances et des illusions des hommes, sans jamais faire mystère de ses options fondamentales.

    Les recueils de ses articles publiés après sa mort se lisent toujours avec intérêt : « La Russie et la Barrière de l’Est » (1937), « L’Angleterre et l’Empire britannique » (1938), « L’Allemagne » (deux volumes) (1939-1940).

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  • Une Révolution dans le royalisme - Léon DAUDET 4 avril 2010 20:41, par F.Aimard

    Léon DAUDET (1867-1942)

    II est un des fils d’Alphonse Daudet. Il épouse civilement, en premières noces, la petite-fille de Victor Hugo.

    Formé à l’école de Drumont et ami de Massis, il défendit Gide. Fidèle de Maurras, il voua un culte à Claudel. Non seulement il imposa Proust aux Concourt, mais il lança Bernanos, et sacra Céline.

    Après des études de médecine il envisage une carrière littéraire, qui débute par « Le voyage de Shakespeare » en 1895, fresque fantastique sur les problèmes de la création esthétique, sans doute son plus grand livre.

    Journaliste-né, il fait ses débuts dans « La Libre Parole » de Drumont. Conduit au nationalisme par l’affaire Dreyfus, son retour au catholicisme se situe avant sa rencontre avec Maurras. Ensemble ils lancent le quotidien « L’Action Française » en 1908.

    Avec Daudet, le mouvement monarchiste fait une recrue de choix, qui « donne un corps à ce qui n’était encore qu’une doctrine », écrit Eugen Weber. (« L’Action Française », Stock 1964).

    Du quotidien, il fait une tribune, qui se prête parfaitement à son goût pour la polémique ; il y mène de nombreuses campagnes :

    - contre l’espionnage allemand avant 1914,

    - contre le défaitisme en 1916-1917,

    - contre le pacifisme de Briand après la Guerre.
    Sans relâche, il développe son antisémitisme qui dérive en ligne droite de Drumont.

    En 1919, il se présente à la députation ; élu, il anime de son talent une Chambre où il est le porte-parole de l’extrême-droite. En 1923, la mort mystérieuse et tragique de son fils Philippe le bouleverse ; il en accuse la police et le gouvernement, et les attaque si violemment dans ses articles qu’il est inculpé. Il est condamné à la prison, d’où il s’évade dans des conditions rocambolesques qui mettent les rieurs de son côté et il se réfugie en Belgique.

    Lorsqu’il apprend l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933, il renie immédiatement son antisémitisme, contrairement à Maurras. Il désignera couramment, dans ses éditoriaux, les nazis comme « les racistes ». Très affecté par la défaite en 1940, et malade, il se retire en Provence et s’occupe de moins en moins du journal et du mouvement.

    Bien que l’essentiel de son œuvre romanesque ait beaucoup vieilli, y compris un livre comme « Les Bacchantes » qui eut un succès de scandale en 1932, Daudet, qui dans sa jeunesse avait rencontré Hugo et Zola, Gambetta et Renan, a laissé, avec le cycle des « souvenirs » (1914-1941), une importante et estimable œuvre de mémorialiste.

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  • B. DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L’ACTION FRANÇAISE

    Nous pourrions définir trois grandes périodes dans l’histoire de la stratégie de l’A.F. :

    1/ La période de la fondation et de l’expansion (1908-1914)

    2/ La « période Valois » de 1918 à 1925, qui fut l’apogée de l’A.F., laquelle fut brisée par le départ de Georges Valois, seul dirigeants de l’A.F. à avoir une véritable doctrine économique et le sens de l’organisation pratique. La condamnation par le Vatican en 1926 vint frapper un mouvement qui était déjà en pleine décélération.

    3/ Début de la sclérose (1925-1939) puis période de Vichy et de l’après-guerre.

    1 / L’EXPANSION

    Favorisée par le renouveau du nationalisme qui se manifeste avant la première guerre mondiale, l’A.F. rassemble autour d’elle une brillante pléiade d’intellectuels.

    - Léon Daudet, orateur et polémiste, que Barrés comparaît à Dionysos à cause de sa nature expansive et truculente ;

    - Jacques Bainville, l’historien de l’A.F., qui ne cesse de dénoncer l’éternel péril allemand, notamment dans « L’histoire de deux peuples » ;

    - Georges Valois, qui s’efforce d’établir une synthèse entre Georges Sorel et Maurras ;

    - Jacques Maritain. qui vient à l’A.F. par le thomisme et qui rompra avec elle après la condamnation pontificale de 1926 ;

    - Georges Bernanos, qui fait partie avant la guerre de 1914 d’une petite bande dont les membres s’appellent les « Hommes de Guerre » ;

    - Henri Massis. qui publie en 1912 avec Alfred de Tarde (sous le pseudonyme d’Agathon) « L’enquête sur les jeunes gens d’aujourd’hui », et qui deviendra un des plus fidèles disciples de Maurras ;

    - Pierre Lasserre. « ennemi personnel du romantisme » ;

    - Henri Martineau. le stendhalien. et le groupe de la « Revue Critique des Idées et des Livres », qui naît en 1908 ;

    - Louis Dimier, historien de l’art ;

    - les religieux : Dom Besse et le Père Clerissac, etc.
    L’A.F. s’attire aussi la sympathie du marquis de La Tour du Pin, maître à penser du catholicisme social en France.
    Pourtant, l’A.F. est, avant 1914, un mouvement essentiellement parisien, avec un certain nombre de bastions provinciaux, notamment en Bretagne, en Vendée, dans le Gard, dans l’Hérault, et dans la région de Bordeaux.

    Elle recrute surtout dans les familles de hobereaux (un cinquième environ de ses membres porte un titre de noblesse), dans l’armée, parmi les médecins et dans la petite bourgeoisie (commerçants, agents d’assurances, voyageurs de commerce...)

    L’A.F., sans pour cela abandonner les « conservateurs », se tourne paradoxalement très vite vers des groupes politiques parfois opposés à son idéologie. Ainsi, elle noue des liens avec des syndicalistes révolutionnaires au sein d’un Cercle Proudhon, créé en 1911. De même, lorsque Clemenceau utilise la violence contre le mouvement ouvrier l’A.F. se range du côté de ce dernier. Jusqu’en 1914 l’A.F. tente de renforcer ces liens, mais la guerre l’oblige à changer de tactiques.

    Jusqu’en 1908-1910, l’A.F. reste un très petit mouvement qui fait beaucoup de bruit.

    Son incontestable succès avant 1914, vient de la convergence du courant traditionaliste et contrerévolutionnaire, dont Maurras s’est fait le théoricien, avec le nationalisme diffus qui se répand dans presque tous les secteurs de l’opinion et dans l’ensemble de la société française.

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  • 2/ L’APRES-GUERRE ET LA PERIODE VALOIS

    Pendant la guerre, l’A.F. pratique l’« Union sacrée », et s’efforce de « dénoncer les traîtres* dans des campagnes violentes contre les laiteries Maggi, Louis Malvy et Joseph Caillaux, les militants du « Bonnet Rouge », etc.
    Après la victoire, elle bénéficie de la vague nationaliste qui porte au Palais Bourbon la Chambre « bleue horizon ».
    Daudet est élu député ainsi qu’une trentaine de sympathisants de l’A.F.

    Mais, après l’euphorie de la victoire, l’Europe est plongée dans un grand désespoir devant les conséquences de la guerre. Tous les mouvements politiques ont été gravement touchés par k mort au Front de nombreux jeunes militants. Pour l’A.F. la saignée a été telle que le « coup de force » semble désormais compromis.

    C’est alors l’apparition du Parti communiste français (sous le nom officiel de « Section Française de l’Internationale Communiste ») né des suites de la scission du Parti socialiste au congrès de Tours en 1920.
    C’est aussi le développement du travail spécialisé, et le mythe de la grève générale disparaît. Le mouvement syndicaliste se divise en deux tendances : la tendance communiste et la tendance réformiste. C’est le coup fatal porté au syndicalisme révolutionnaire qui disparaît à jamais.

    Après la guerre, le quotidien « L’Action Française » mène une campagne contre le Traité de Versailles jugé trop favorable à l’Allemagne et contre le briandisme dont le pacifisme européen lui semble fauteur de guerre.
    Maurras, qui entretient une correspondance cordiale avec Poincaré, soutient fermement sa politique, en 1923, au moment de l’occupation française de la Ruhr.

    Lors des élections de 1924, l’A.F. croit pouvoir s’écarter du Bloc National, et présenter ses propres candidats. Mais elle subit une déroute électorale, et Daudet perd son siège de député.

    L’A.F. sait alors très bien adapter son combat au terrain économique et social. Georges Valois veut conquérir les « forces vives de la nation » (jusqu’en 1925) : les producteurs. Mais cet économiste dirigiste aux vues amples sait aussi se concilier certains milieux patronaux.
    C’est en 1925-1926, à la faveur de la peur suscitée par le Cartel des Gauches que se situe l’apogée de l’A.F. Le journal revendique à cette époque 48.000 abonnés, auxquels s’ajoutent 53.000 exemplaires vendus au numéro.

    Son succès vient essentiellement de ce qu’elle synthétise et donne une doctrine à tous les publics royalistes : aristocratie, petite et moyenne bourgeoisie, paysannerie, employés, milieu des officiers, jeunesses étudiantes, milieu de l’Église, etc.

    Georges VALOIS

    Georges Gressent (son nom véritable) naît le 7 octobre 1878 dans un milieu modeste. « Je suis, dira-t-il, d’une famille de paysans, d’artisans et de soldats. » Il a trois ans lorsqu’il perd son père. Il est alors recueilli et élevé par ses grands-parents. Son grand-père est profondément républicain, et, à dix ans, Valois se sent « passionnément républicain et patriote ». Sa grand-mère, elle, en fait un chrétien convaincu. A quinze ans, il est exclu de l’École Industrielle pour avoir participé à un chahut. Après avoir exercé plusieurs petits emplois, il part à Singapour, d’où il reviendra dix-huit mois plus tard. De 1897 à 1900, il « vivra au pays de l’anarchie ».
    C’est au bureau du journal « L’Humanité nouvelle », journal « anarchiste-socialiste-scientifique », qu’il rencontre, en 1898, Georges Sorel qui a sur lui une grande influence.
    Valois doit beaucoup à ce théoricien du Syndicalisme révolutionnaire, mais ne se ralliera jamais entièrement à ses thèses, parce qu’elles étaient pénétrées de philosophie allemande.

    Après son service militaire, « dégoûté de la politique et disposé à l’individualisme le plus franc », il quitte la France pour la Russie où il devient précepteur du fils d’un gouverneur.

    C’est alors qu’il découvre Barrés, Fustel de Coulanges et Taine. Il rentre en France en 1903 : il est « redevenu français ».

    Son mariage et son poste de secrétaire chez Armand Colin lui font prendre conscience de deux réalités : le Travail et la Famille. En 1906, Valois adhère à l’A.F. Pendant près de vingt ans, son histoire se confondra avec celle du mouvement monarchiste.

    La stratégie Valois : avec la création en mars 1920, de la « Confédération de l’Intelligence et de la Production Française », l’A.F. inaugurera une nouvelle stratégie.
    La C.I.P.F. se fixe comme but de coordonner et diriger les efforts en vue d’une action générale visant au rétablissement de la situation économique nationale.
    Georges Valois en est le fondateur et le président. La C.I.P.F. ne se veut pas un parti politique mais un mouvement rassemblant des gens de toutes catégories sociales décidés à œuvrer directement en faveur d’une réorganisation économique et sociale. Son organe mensuel s’intitule « La Production française ». La création de la C.I.P.F. est une tentative d’application du corporatisme à l’économie française. Mais très vite, les différents secteurs de la corporation luttent les uns contre les autres au détriment du but recherché. La C.I.P.F. essaie vainement de provoquer une transformation nationale du syndicalisme socialiste en vrai syndicalisme ouvrier (1922). Au début de l’année 1924, l’A.F. change de stratégie économique en s’efforçant de créer un syndicalisme royaliste : la C.I.P.F. fait place à l’Union des Corporations Françaises toujours sous l’autorité de Valois.

    Alors que la C.I.P.F. visait à rassembler les responsables économiques de quelque appartenance politique qu’ils soient, l’U.C.F. ne vise à regrouper que des personnes acquises aux idées économico-sociales de l’A.F.

    En 1925, l’A.F. était proche de son apogée et, alors qu’on s’attendait à un nouvel essor de la propagande royaliste, tout fut remis en question par le départ de Valois.
    Crise Valois : Maurras autorise Valois à fonder le « Nouveau Siècle », hebdomadaire dans lequel « toute pensée patriote pouvait s’exprimer » (février 1925).

    Mais le 11 octobre 1925, Valois annonce sa démission des Comités directeurs de l’A.F., car la transformation du « Nouveau Siècle » en quotidien ne lui laisse pas assez de temps pour s’occuper de l’A.F. Le 25 octobre 1925 Valois démissionne de l’U.C.F. Il décide alors de faire épauler son organisation économique par une organisation politique de type fasciste (Les chemises bleues).

    Le Fascisme était vu à l’époque comme une simple réaction anticommuniste et anti-conservatrice. Valois aura des contacts avec de hauts responsables italiens et rencontrera même Mussolini.

    Il semble que Valois ait été aidé financièrement par l’ambassade d’Italie.

    L’A.F. déchaîne contre Valois une campagne d’une violence extrême.

    Après des succès éphémères , le nouveau mouvement de Valois se trouve rapidement isolé. Valois rejoint peu à peu la gauche. Il meurt dans un camp de concentration nazi.

    Alors que l’A.F. est à son apogée, le départ de Valois vient briser son élan. Avec Valois, elle a perdu son seul organisateur et son seul penseur valable dans le domaine économique et social. Elle ne s’en relèvera jamais.
    L’année suivante, l’A.F. est officiellement condamnée par le Vatican.

    La condamnation pontificale : les circonstances et les motifs de la condamnation ont fait l’objet de débats passionnés. La personnalité de Pie XI a été mise en cause et l’A.F. a voulu voir dans cette condamnation des motifs purement politiques.

    Cette condamnation fut très dure puisqu’il était interdit aux catholiques de lire l’A.F. sous peine d’être exclus des Sacrements, et de ne pouvoir être ni mariés, ni enterrés religieusement. On pense que cette condamnation a eu pour raison principale la volonté de Pie XI, de combattre l’influence prépondérante détenue dans l’Église par l’épiscopat nommé du temps de Pie X, lors de la réaction antimoderniste, et son désir d’avoir les mains libres pour développer les mouvements d’Action catholique du type de la J.O.C. et de la J.A.C., et faire disparaître la rivalité institutionnelle qui existait entre les organisations catholiques et royalistes. A cela, venait s’ajouter le fait que Maurras était agnostique.

    Des pressions du gouvernement français sont souvent évoquées. Il est en tout cas certain que des problèmes diplomatiques intervinrent dans la décision de Pie XI qui avait le souci de lutter contre un nationalisme intransigeant et de favoriser la coopération internationale.

    Cette condamnation fait perdre à l’A.F. le soutien de la paysannerie et de l’armée. Un vaste mouvement comme la Fédération nationale catholique du général de Castelnau lui fait directement concurrence sur ces deux terrains de recrutement.

    De plus, l’A.F. subit à cette même époque le contrecoup des succès de Poincaré : la popularité du « sauveur du franc », le triomphe du nationalisme conservateur, enlèvent à l’A.F. une partie de sa raison d’être et détournent d’elle une fraction de son public bourgeois. Les effectifs fondent, les départs de dirigeants se multiplient. Le journal perd la moitié de ses lecteurs.

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  • a - de 1926 à 1939

    L’A.F., qui est en perte de vitesse lorsque la situation politique se stabilise, connaît un nouvel essor en période de crise.

    La poussée d’antiparlementarisme qui suit les élections de 1932 et qui culmine au moment de l’affaire Stavisky, semble donner à l’A.F. un nouveau départ.

    Pourtant, à partir de 1930, on constate un net déclin sur le plan intellectuel : l’A.F. devient un petit groupe fermé, remâchant sa routine de pensée et d’action.

    Maurras, obsédé par le danger allemand, confie le domaine économique et social aux mains de dirigeants incompétents. Ainsi, l’A.F. rate le « tournant des années 1930 ».

    Une rupture s’opère peu à peu entre Maurras, le vieil état-major d’A.F., et le public, qui devient de plus en plus conservateur. Les « camelots du roi » sont présents en première ligne lors de l’émeute du 6 février 1934 qui montre à la fois la force de l’extrême-droite et son incapacité à renverser les institutions. Ce soulèvement n’aurait-il pas dû être l’occasion du « coup de force » annoncé depuis si longtemps par Maurras ? Mais Maurras tergiverse et même apparaît clairement comme n’étant pas intéressé par la prise du pouvoir... L’occasion est donc manquée, si occasion il y avait, et les membres les plus ardents de l’A.F. se détournent d’un mouvement qui leur paraît voué à l’impuissance.

    De plus, le comte de Paris, refusant les clivages, ne veut pas d’une prise de pouvoir par la guerre civile. Il se sépare de l’A.F. qui s’est rangée définitivement à l’extrême-droite lors du 6 février 1934.

    Malgré son folklore de prestige : défilés, drapeaux, banderoles, « camelots du roi », organisations internes, etc. l’A.F. n’arrive pas à surmonter la concurrence des ligues comme les Croix de Feu qui progressent à un rythme accéléré en faisant jouer les solidarités d’anciens combattants.

    Le déclin intellectuel s’accentue, même s’il est masqué par quelques faits spectaculaires :

    - l’élection de Maurras à l’Académie française en 1938,

    - la levée de la condamnation pontificale par Pie XII en 1939.

    Jusqu’à la guerre, l’A.F., tout en dénonçant avec clairvoyance le péril hitlérien, accable d’outrages les gouvernants de la République, notamment Léon Blum qui est l’objet d’attaques marquées par l’antisémitisme le plus primaire.

    L’A.F. appelle la France à s’armer pour résister à l’Allemagne, et en même temps, elle dénonce avec une violence quasi obsessionnelle la complicité de la République avec la « conspiration judéo-maçonnique », qui pousse à la guerre pour faire en définitive le jeu des Soviets ...

    La position de Maurras est bien définie par ce texte publié dans l’A.F., le 11 janvier 1937 : « Des lecteurs de l’A.F., il n’en est pas un qui ignore ou puisse ignorer que l’ennemi numéro un de leur pays est l’Allemagne (...) Après Hitler, ou, qui sait ? Avant lui, sur un tout autre plan, il y a un autre ennemi : c’est la République démocratique, le régime électif et parlementaire légalement superposé comme un masque grotesque et répugnant à l’être réel du pays français. »

    En 1935, le quotidien monarchiste avait milité pour une entente avec Mussolini pour empêcher celui-ci de tomber dans les bras d’Hitler, puis en faveur de Franco. En 1938 il approuve les accords de Munich et s’oppose à l’idée d’une guerre dont Maurras affirme l’impréparation totale. Maurras ne cesse de répéter : « Rien pour une guerre de doctrine, tout pour la défense de notre sol sacré. », ou « Pas de guerre pour les Juifs ».

    b - Période de Vichy

    En juin 1940, après l’effondrement de l’Armée française, il déclare au préfet de la Vienne : « Que voulez-vous, Monsieur le Préfet, soixante-dix ans de démocratie, ça se paie ! »

    Après 1940, quittant Paris pour finalement rejoindre Lyon, il poursuit son œuvre de journaliste - contre les dissidents de Londres, - contre les collaborateurs de Paris. Il s’attache à la politique de Pétain en qui il reconnaît l’homme d’État selon ses vœux. 11 dira : « Avec Pétain, nous sortirons du tunnel de 1789. » Il considère Pétain comme « la divine surprise » (février 1941), comme la chance qu’a eue la France d’être arrachée au désastre par le « sauveur ».

    Pétain est l’homme providentiel, parce qu’il est le substitut de la Monarchie ; il veut maintenir l’unité en faisant des réformes sociales.

    Pourtant le public de l’A.F. éclate, chacun rejoignant le camp qui lui semble le plus proche des idées maurrassiennes.

    Ainsi, certains entreront dans la Milice, tandis que d’autres seront parmi les premiers résistants.
    Cela vient de ce que le public, qui ne connaît pas les idées profondes de Maurras, interprète ses articles différemment, car Maurras utilise des slogans équivoques et a une position intermédiaire, pourtant très cohérente du point de vue intellectuel et politique.

    Maurras, qui veut « tenir la ligne de crête », et ne croire qu’en « la seule France », en n’adhérant ni au « clan des yes », ni au « clan des ya », s’aligne malgré tout sur la politique du Maréchal. Beaucoup de royalistes alsaciens entrent dans le maquis, Honoré d’Estienne d’Orves est l’un des premiers fusillés de la résistance, Guillain de Bénouville, Jacques Renouvin, Alain de Camaret, le colonel Rémy, Jean-Louis Vigier (cf. article de René Hostache dans « Royaliste » 384 du 9 juin 1983) sont royalistes et résistants et vont devenir gaullistes. Cependant la majorité reste attentiste et pétainiste.

    Maurras, dont les sentiments à l’égard des « boches » n’ont pas varié, accueille chaleureusement la « Révolution nationale ». Tout en prenant ses distances à l’égard des anciens membres de l’A.F. qui versent dans la collaboration, notamment le groupe de « Je suis partout ». Il continue à faire paraître l’A.F. après l’occupation de la « zone libre » en 1942, et jusqu’en août 1944 il poursuivra, à grand renfort de « je l’avais bien dit », ses attaques contre les gaullistes, les démocrates-chrétiens, les juifs, les francs-maçons et leurs alliés.
    Mais à partir de 1942 son attitude devient plus théorique. Dans les milieux collaborationnistes, Maurras est très mal vu, car sa soumission à l’occupant n’est qu’apparente. Le journal est d’ailleurs assez souvent censuré.
    Ce que disait l’A.F. ne correspondait-il pas à ce que pensait la majorité du pays ? Sans doute, mais la « ligne de crête », qui était peut-être encore possible en 1940, n’était plus possible à tenir après. D’autre part certaines distinctions, par exemple celle qui voulait que l’antisémitisme de l’A.F. ne fût qu’un « antisémitisme d’État », n’avait aucun sens à l’heure des déportations. Maurras, malgré son profond anti-germanisme, qu’il faisait ressortir dans des articles compris par les seuls initiés, ou dénaturés par la censure, dut en fait se soumettre.


    c - L’après-guerre et le crépuscule de l’A.F.

    En 1945, le quotidien est interdit. Toutes les organisations militantes ont déjà été dissoutes en 1936. Maurras est arrêté et condamné à la détention perpétuelle ; il s’écrie alors pathétiquement : « C’est la revanche de Dreyfus ».

    En 1947, quelques anciens fidèles de l’A.F. fondent le journal « Aspects de la France ».

    Maurras, ayant obtenu une grâce en raison de son état de santé, meurt en 1952 dans une clinique de Tours, après avoir achevé ses derniers ouvrages écrits en prison.
    Après la mort de Maurras, on retrouve tous les braves de l’A.F. mais la bravoure ne suffit pas à reconstituer le génie antique du mouvement et l’essentiel de la philosophie politique maurrassienne est oublié par les anciens disciples de Maurras.

    En 1955, Pierre Juhel fonde la « Restauration Nationale », mouvement monarchiste dirigé notamment par Maurice Pujo et quelques anciens responsables de l’A.F.

    De 1958 à 1962, la Restauration Nationale prend parti pour l’Algérie française, ce qui correspondait alors très bien avec l’esprit des militants ; elle essaye de constituer un « Comité de Salut Public » afin de provoquer une « Révolution Nationale », pour sauver l’Algérie française.

    Après cette période, les militants qui étaient rentrés dans les rangs de la R.N., à seule fin de lutter pour l’Algérie quittent le mouvement.

    Il faudrait situer ici aussi la scission opérée par Pierre Boutang, philosophe maurrassien qui publia, de 1957 à 1967, un hebdomadaire concurrent d’ « Aspects de la France », « La Nation française », avec un rare brio intellectuel et qui finit par se rallier à De Gaulle en qui il espéra un restaurateur possible de la Monarchie avant de déchanter dès 1965 et de s’étioler. Mais ce serait une autre histoire encore qu’à certains égards le mouvement de la Nation française apparaît comme un précurseur de la future Nouvelle Action Française…

    Quoi qu’il en soit, la crise de mai 1968 est, à la Restauration nationale, le début d’un nouveau grand malaise.

    Le 1er mai, fête de la saint Philippe ... (évoquant le maréchal Pétain !), « Aspects de la France » ressort ses vieilles positions antigaullistes dogmatiques, qui apparaissent alors comme tout à fait anachroniques. C’en est trop pour de nouvelles générations de militants qui sont au contact, à l’université et ailleurs, de leurs contemporains dont ils partagent maintes aspirations psychologiques.

    Le malaise s’amplifie graduellement, et provoque un peu plus tard une grande crise interne de la R.N. et une nouvelle scission.

    Mais, plus de vingt ans après la Libération, certains fidèles de Maurras gardent le sentiment qu’ils ont été victimes d’une conspiration.

    Ils dénoncent infatigablement les horreurs du « résistancialisme » et les crimes de l’épuration, et ils ne sont pas près de pardonner au général de Gaulle :

    - ni la condamnation de Maurras,

    - ni la disparition de l’A.F.

    - ni le « bradage de l’Algérie ».

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  • ORGANIGRAMME DE LA RESTAURATION NATIONALE

    COMITÉ DIRECTEUR

    (10 membres, président : B. Mallet)

    secrétaire général : Pierre Juhel

    « Aspects »  : Pierre Pujo

    « A.F.U. » Yvan Aumont, Michel Giraud

    Mouvement étudiant : Marc-Henri Perrin

    Environ 40 fédérations de province

    A. LA SCISSION

    En 1969, l’organisation administrative de la R.N. se répartissait selon l’organigramme qui précède (développé dans le livre papier). Le récit qui va suivre repose sur l’interview de plusieurs militants qui ont été ensuite les fondateurs de la Nouvelle Action Française ainsi que de la consultation discursive de cartons d’archives non classés et non triés.

    1. GENESE D’UNE CRISE

    A cette époque, il avait été décidé de présenter Me Georges-Paul Wagner comme candidat royaliste aux élections présidentielles. Mais, au dernier moment, et, pour une cause qui demeura inconnue, le secrétaire général de la R.N., Pierre Juhel, ordonna à Me Wagner de retirer sa candidature et refusa catégoriquement que la R.N. présentât un candidat.

    Il donna des raisons différentes et inconciliables à plusieurs militants qui, après s’être concertés, reconnurent que le secrétaire général leur avait menti. Ils décidèrent alors de proposer des réformes internes du mouvement et du journal.

    Vers la fin de l’année 1970, le trouble qu’on avait cru superficiel, s’aggrava brusquement découvrant un profond malaise au sein même de la Restauration Nationale.

    L’harmonie qui semblait régner entre les responsables des différentes branches du mouvement, le secrétariat général de la R.N. et le directeur d’« Aspects de la France » n’était qu’une apparence. Seule l’estime réciproque et parfois l’amitié sincère cachaient au public les profondes divergences politiques qui existaient entre les responsables. Celles-ci devenaient de plus en plus aiguës en même temps que devenait éclatante la leçon des faits : la diffusion d’« Aspects » ne cessait de baisser.

    Cependant, pour qui n’avait pas de responsabilités directes au sein des organisations du mouvement, rien ne laissait présager la gravité de la crise, d’autant que le mouvement étudiant et son journal « AF-U » (le titre complet mais jamais utilisé est « Amitiés Françaises Universitaires ») étaient florissants.

    Au lendemain de la guerre, le nouveau départ de l’A.F. avait été rendu possible grâce au capital de fidélité conservé malgré les épreuves. Malheureusement, ceux qui constituaient ce capital, souvent âgés, disparaissaient, et les nouveaux abonnés n’étaient pas assez nombreux pour compenser les pertes.

    La décrépitude du journal s’accompagnait d’une crise interne croissante. Les milliers d’étudiants qui s’étaient regroupés dans les rangs de la R.N. se dispersaient au lendemain de leur service militaire, et rien n’était fait d’utile pour retenir ces « jeunes anciens », ce qui faisait de la R.N, un mouvement à forte majorité d’étudiants. Les premiers perdaient l’espoir de faire un travail efficace qui soit en rapport avec leur nouvelle condition, familiale et professionnelle, devant le refus de leurs suggestions, écartées les unes après les autres.

    Mais pourtant, quelques espoirs pouvaient encore laisser croire que tout allait s’arranger :

    a- le renforcement du mouvement étudiant depuis 1968, constitué de jeunes qui manifestaient un esprit d’entreprise, une volonté d’arriver au but, des qualités intellectuelles certaines, ainsi qu’une connaissance approfondie des idées d’A.F.

    b- la création d’une Fédération parisienne de la R.N. dirigée par Jean Toublanc et coordonnant les sections parisiennes, ce qui déchargeait le secrétaire général de cette fonction, faisant aussi un premier pas vers la décentralisation.

    Mais le mal subsistait en profondeur : périodiquement, une crise éclatait, provoquée par le découragement ou l’impatience devant un immobilisme obstiné :

    Les étudiants royalistes n’avaient jamais pu obtenir une organisation nationale qui coordonnerait et rendrait communes les campagnes et activités des sections provinciales.

    Les rencontres entre responsables étaient soupçonnées de fournir l’occasion de sombres complots.

    — Toute initiative un peu nouvelle, quelle qu’elle fût, paraissait suspecte.

    C’est alors qu’intervent la « Lettre ouverte à Richard Deshayes », article de Gérard Leclerc, alors adjoint de Pierre Pujo, paru dans le numéro 163 d’« A.F.U. » de mars 1971.

    Richard Deshayes, militant gauchiste de vingt ans, blessé aux yeux par une grenade projetée en tir direct par les brigades spéciales d’intervention dans une manifestation, condamne violemment les forces de l’ordre et appelle à la « Révolution anarchiste, fondée sur l’Amitié et la Fraternité ».

    Dans son article « Lettre ouverte à Richard Deshayes », Gérard Leclerc critique fermement l’attitude de Richard Deshayes qui appelle à la révolte les jeunes de 15 à 25 ans pour trouver la « Liberté ». 11 affirme que le danger révolutionnaire ne sera écarté qu’après avoir établi « un ordre structural adapté aux besoins permanents et vitaux du corps social et de l’économie moderne », ce que, seule, la Monarchie peut faire.

    Par contre, toute anarchie destructive conduit au nihilisme et au totalitarisme, et les jeunes révoltés comme Richard ne sont en fin de compte que des produits, des jouets de la société de consommation, qui les pousse à se vautrer dans la « chiennerie » dans laquelle ils veulent se vautrer.

    Cependant, G. Leclerc adhère totalement à l’idée de « réaction contre le désordre établi », et affirme que le seul moyen d’arriver à la fraternité pour la contestation est de tourner le dos à ce « royaume d’Absurdie », qui n’a pas les moyens de ses fins et de suivre la « voie royale de l’Amitié fondée sur l’ordre naturel et vital aux sociétés humaines. »

    Cet article valut à G. Leclerc d’être l’objet de très nombreuses accusations de « déviations doctrinales » et de « gauchisme », auxquelles il répondit dans « Suis-je gauchiste ? », article paru en mai 1971 dans le numéro 165 d’« A.F.U. »

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  • Au cours de l’année 1970, le président du Comité Directeur, Monsieur Bernard Mallet, conscient du fait que le journal « Aspects de la France » a besoin, de toute urgence, d’un « ballon d’oxygène », lance « l’opération Kangourou ». Les responsables du mouvement, tout en s’efforçant de rassembler un maximum de nouveaux abonnés, se rendent compte que le journal ne survivra que grâce à de profondes réformes.

    La direction du journal qui avait pourtant donné son accord, écarte cependant peu à peu l’idée d’une nouvelle formule de journal, se satisfaisant de l’opération « Kangourou ».

    Tandis qu’« Aspects » régresse, on constate qu’« A.F.U. » progresse. En fin d’année Pierre Juhel décide de reprendre en main le mouvement étudiant et la Fédération Parisienne. Dans le but visible de briser l’unité du mouvement étudiant, il nomme une « Commission d’Enquête », présidée par Bertrand Renouvin, membre du Comité directeur, et menée par Louis Juhel, fils du secrétaire général et chef des camelots de la Fédération parisienne. Devant cette commission comparaît tout l’état-major étudiant, dans un climat de délation et de drame.

    Prenant prétexte d’opérer un « redressement doctrinal », Pierre Juhel prétend former arbitrairement un nouveau comité de rédaction à « A.F.U. ». Mais le comité directeur, alerté, intervient. Jusque-là, considéré comme un organe secondaire du mouvement, il décide d’en reprendre la direction.

    Pierre Juhel déclare qu’il passe outre aux avertissements de G.P. Wagner.

    Alors, le 27 mars, Marc-Henri Perrin et son état-major étudiant utilisent leur dernier atout pour sauver « A.F.U. », en déclarant que la propriété légale du journal étudiant n’appartient plus à la société éditrice d’« Aspects », depuis la mise en ordre de la structure administrative et juridique du mouvement.

    Furieux, Pierre Juhel, qui avait toujours cru que cet acte de vente, décidé par le président Mallet, était illégal, prononce l’exclusion immédiate d’Y. Aumont, directeur légal d’« A.F.U, », Philippe Houbart, rédacteur d’« A.F.U. » et M.-H. Perrin, lesquels avaient empêché son coup de force.

    Devant la masse des démissions que l’exclusion provoque, le comité directeur est réuni d’urgence par Bernard Mallet qui convoque aussi Pierre Juhel et Pierre Pujo, dans la nuit du 30 au 31 mars. Les propositions du président, acceptées à l’unanimité, sont obstinément repoussées par Pierre Juhel et Pierre Pujo, lesquels proposent de dissiper le malaise par de simples mesures d’ordre.
    B. Mallet, devant les menaces de démissions met fin à la réunion sans avoir pris une décision. C’est alors que quatre membres du comité directeur annoncent au président que si la politique de Pierre Juhel est ratifiée, ils ne pourront plus participer aux réunions.

    Ne pouvant tolérer le maintien de sanctions, qui provoquerait un départ massif de militants, G.-P. Wagner, Y. Lemaignen, J. Toublanc et B. Renouvin, se réunissent dès la séance levée, et décident d’avertir les militants afin de placer chacun devant ses responsabilités.

    Le 31 mars à midi, le président les avertit de sa décision de maintenir les sanctions. Aussitôt les quatre membres contestataires se réunissent et rédigent un communiqué qui fut publié en mai 1971 dans le numéro 165 d’« A.F.U. ».
    On entendit alors parler dans « Aspects », d’un côté : « d’amis qui manifestent l’intention de se retirer du comité directeur », d’un autre côté, « d’un quarteron de gamins rêvant d’une A.F. qui prendrait le style d’Alain Geismar. »

    Le même mois, dans le même numéro paraît un article retentissant : « Vers un MAI royaliste » - article polémique de B. Renouvin dans lequel il condamne violemment la démocratie et la république qui se montrent « incapables de résoudre le malaise français ». Mais il affirme que les révolutions « style 1789 » sont dépassées et n’amènent que le totalitarisme.

    Cet article valut également à B. Renouvin le qualificatif de « gauchiste ».

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  • Ainsi, les quatre membres du comité ne veulent pas que l’A.F. disparaisse et envisagent de prendre les dispositions nécessaires à sa renaissance.

    La rupture définitive paraît inéluctable.

    Les conditions essentielles de cette renaissance ne pouvant faire l’unanimité, les quatre membres des Comités, signataires du premier communiqué du 31 mars, constatent l’échec de la tentative de rapprochement dans un deuxième communiqué daté du 15 avril 1971.

    La Nouvelle Action Française est fondée, et ses premières initiatives et manifestations provoquent le ralliement d’une grande proportion de militants de la R.N., à Paris et dans la plupart des sections. Un nouveau comité directeur est créé, un bureau national est mis en place, dans le but de coordonner les activités du nouveau mouvement.

    Pendant ce temps, 10, rue Croix-des-Petits-Champs, Jacques Maurras, neveu et fils adoptif de Charles Maurras, qui assure l’intérim de la présidence du comité directeur de la R.N., se trouve dans l’obligation de publier sa décision de dissoudre le comité qu’il préside, devant les « difficultés insurmontables » qu’il rencontre.

    P. Pujo déclare alors prendre immédiatement la direction du comité, qui selon lui, ne peut être dissous. Désavoué par B. Mallet dans une déclaration datée du 8 mai, il confirme sa décision. • De son côté Jacques Maurras reconnaît l’inanité des accusations doctrinales portées contre la N.A.F. et constate qu’il y a décidément, de la part du responsable du mouvement et du directeur du journal, un refus absolu de toutes les réformes indispensables.

    Cependant la N.A.F. s’organise.

    Elle peut louer des locaux, 17, rue des Petits-Champs, grâce aux dons abondants et aux premiers abonnements et cotisations. Elle lance une lettre hebdomadaire d’information (2 000 exemplaires en 1971). Puis, du fait des nombreux abonnements, la « N.A.F.-hebdo » peut être confiée à un imprimeur. Des sections se fondent dans toute la France, les structures sont définies pendant l’été.
    Le journalisme, la gestion financière et l’organisation administrative sont réappris.

    Bref, ce qui paraissait impossible, semble soudain possible, et les membres de la N.A.F. sont bien décidés à montrer aux sceptiques qu’ils « peuvent faire une propagande royaliste efficace en 1971 », et « qu’il n’est nullement chimérique de sortir une presse d’A.F. plus moderne, conquérant un plus vaste public ».

    Le 2 juillet 1971, paraît dans le numéro 9 bis de la « N.A.F. », un article de G.P. Wagner, président du comité directeur de la N.A.F., intitulé : « Notre but : réussir », suivi du « dossier de la crise ». Il réaffirme que le désir de vaincre ne va pas de pair avec le maintien de « l’unité de la R.N. », et fait remarquer qu’après la scission, « plusieurs tentatives de réformes ont été tentées, mais ont échoué, et ne peuvent aboutir. »

    II déclare que les « réformateurs » de la R.N. devront choisir entre la provocation d’une nouvelle crise ou le maintien d’une routine « qui les mènera à la mort », et conclut que la crise connaîtra de nombreux rebondissements, mais que celle-ci ne concerne plus les militants de la N.A.F. : « Nous sommes tournés vers l’avenir et voulons ramener le Roi à Paris ».

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  • Une Révolution dans le royalisme - 1971 4 avril 2010 21:14, par F.Aimard

    ORGANIGRAMME DE LA N.A.F. EN 1971

    COMITÉ DIRECTEUR

    composé de douze membres au maximum, renouvelé partiellement chaque année

    Bureau national

    Directeur général

    Y. Aumont

    Directeur Presse

    Direction Relations publiques et Information

    Directeur Propagande

    Directeur Administration

    Membres du Comité Directeur lors de la création

    G.P. Wagner, président ; Yves Lemaignen, Jacques Toublanc, B. Renouvin, Gérard Leclerc, Y. Aumont, J.-P. Boulogne (J.-P. Dickès), M. Ledoyen, J.-P. Nicolas, Pierre Villaret (Philippe Beaume).

    Le Conseil national assiste le comité directeur et constitue le lien organique entre dirigeants et militants, composé au départ par les cadres « historiques » du mouvement (ceux qui avaient provoqué la scission) ses membres furent plus tard élus directement par les adhérents.

    Le Bureau National assuma au début les fonctions des quatre directeurs, puis fut dissous.

    Le directeur général remplace le Comité pour les questions urgentes.

    4. LE PROCES DOCTRINAL

    La N.A.F. répond aux diverses objections qui lui ont été faites par la R.N. et se forge peut à peu une doctrine qui évolue et évoluera de plus en plus.

    a) La question de l’unité

    « Nous sommes persuadés que l’unité est le plus grand des biens, mais nous ne sommes pas de ceux qui voulaient aider l’A.F. à mourir dignement, glorieusement.

    Continuer le combat au sein de la R.N. et d’« Aspects » revenait à cautionner une entreprise qui courait à sa perte. Comme les moyens de la réussite nous étaient refusés, nous ne pouvions que quitter la R.N. et créer un journal de combat et un mouvement dynamique.
    L’unité est un bien quand elle permet de progresser et de vaincre, mais ne doit pas passer avant la règle première de notre action politique : l’efficacité. »

    b) Question de la légitimité

    « Est d’Action française ce qui contribue à la royalisation du pays », a écrit Maurras. Maurras a montré que la Monarchie était légitime parce que « l’expérience de l’Histoire montre son bienfait pour la France, sa bonne correspondance avec la nature de la société française... »
    Par analogie le raisonnement suivant est tenu. L’A.F. n’est pas une société naturelle, ni une institution forgée par des siècles d’histoire, mais une organisation qui se dissoudra lorsqu’elle aura atteint son but. De plus ses dirigeants ont prouvé leur inefficacité et leur incapacité à remplir leur mission. La conclusion est que la fidélité véritable à l’A.F. consiste à mener le combat de la royalisation et non pas à sauvegarder l’institution que représente la Restauration Nationale. (N.A.F. numéro 9 bis, 2 juillet 1971, G. Leclerc, B. Renouvin, C. Dujardin, J. Lambreville)

    c) Le manque de rigueur doctrinale qui mène au gauchisme
    « L’accusation de gauchisme, thème essentiel de la campagne d’« Aspects » s’appuie sur quelques articles parus dans « A.F.U. » depuis janvier, entre autre « Un Mai royaliste » de
    B. Renouvin, article sur la C.F.D.T. de Philippe Dartois, et la « lettre à R. Deshayes » de G. Leclerc.

    Cette accusation ne repose sur aucun fondement : il suffit de se reporter aux articles cités. » (ibidem)

    d) La « Crise étudiante exclusivement parisienne »
    « Cette critique contient l’idée sous-jacente de « conflit de générations », doublée d’une opposition entre Paris et la Province. La crise serait donc le fait de gamins irresponsables pervertis par l’esprit de mai 1968 ?
    La N.A.F. comprend en effet un nombre important d’étudiants : ceux-ci, qui étaient au cœur de l’action, ont compris les raisons de la rupture et ont rejoint nos rangs.

    De très nombreux cadres adultes occupant des postes importants à la R.N. nous ont aussi rejoints.
    De plus, la N.A.F. n’est pas uniquement parisienne, elle est représentée dans la France entière. »
    e) « Le complot »

    « Cette thèse ne résiste pas à l’examen des faits... Elle fournit seulement une explication de la baisse des ventes et abonnements d’un journal dont la conception et la présentation étaient mauvaises...

    Quand la vérité est trop criante, trop accusatrice, on essaie de la masquer. »

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  • 1. INTRODUCTION

    Le 9 décembre 1971 paraît dans le numéro 32 de la « N.A.F. » un article de Gérard Leclerc et B. Renouvin, qui ouvre le nouveau débat sur la République ou la Monarchie, débat auquel sont conviées toutes les familles spirituelles, toute « l’intelligence française ».

    Avec ce nouveau débat, la N.A.F. décide de cesser de « tourner en rond », d’aller vers ceux qui ne pensent pas comme elle, de les écouter, de les interroger, de les convaincre qu’ils ne sont pas les « prisonniers volontaires d’un Musée fermé » et que la vie les intéresse autant qu’eux.

    Cette enquête sur la République et la Monarchie, permet à la N.A.F. de briser définitivement ce « mur du silence » qui l’entoure depuis sa création, et qui fait d’elle un petit mouvement, marginal et quasi inconnu.

    Comme ils le précisent, ce débat n’aurait aucun sens s’ils ne laissaient ceux qui acceptent de leur répondre, libres de tout dire. Ils pensent aussi que la même liberté doit leur être accordée à eux-mêmes notamment en ce qui concerne le mouvement dont ils sont les héritiers, car un débat sur la Monarchie est nécessairement un débat sur les chances de la Restauration monarchique, et donc sur l’action du mouvement royaliste d’hier et d’aujourd’hui.
    La N.A.F. affirme sa volonté de rompre avec l’habitude de considérer l’Action française comme une société pure et parfaite. Il s’agit de retrouver des vérités historiques pour mieux tirer les enseignements de l’histoire.
    En lançant ce débat, la N.A.F. souhaite qu’il retentisse dans l’esprit de tous les Français, de quelque opinion qu’ils soient, à condition qu’ils acceptent avec ses militants royalistes, « loyalement, de rendre les armes à la vérité ».

    Ce débat se compose en une série d’interviews de personnalités de tendances diverses.

    - Gabriel Matzneff, écrivain, ouvre le débat. Pour lui, les vrais utopistes ne sont pas les royalistes, mais les marxistes.

    - Marc Valle, avocat. Comme la N.A.F. il réclame la décentralisation et la renaissance des professions, estime la démocratie sans avenir dans notre pays, et envisage une Restauration sans hostilité.

    - Jacques Laurent, célèbre romancier, prix Concourt 1971, bien que maurrassien, reste hostile au comte de Paris.

    - Roland Laudenbach, éditeur, profondément maurrassien.

    - Baruch, journaliste.

    - Mgr Pierre, évêque du diocèse russe de Paris, spécialiste des questions œcuméniques, pense que le passé est difficile à restaurer.

    - Paul Sérant, écrivain et journaliste, ancien maurrassien devenu fédéraliste européen.

    - Pierre Boutang, philosophe royaliste, pour qui la politique ne se sépare pas de la vie, de ses racines profondes (sinon elle serait inhumaine) et qui considère la Monarchie comme une grande espérance de la France.

    - Jean-François Chiappe, producteur à la radio et à la télévision, historien, royaliste.

    - Michel Déon, romancier, qui a été un tout jeune secrétaire de rédaction à l’Action française à Lyon pendant la guerre et, pour qui la monarchie se définit comme « un maximum de liberté pour un minimum de contraintes », qui sont pour lui deux des plus pures aspirations de l’homme moderne. Lui aussi est un maurrassien brouillé avec la Maison de France, mais ne parvient pas à se départir d’un royalisme de sentiment et de raison, qui lui paraît tout à fait « conforme à la structure même des sociétés humaines ».

    - Christian Dedet, écrivain, journaliste, et médecin, qui pense que « toute révolution est intérieure ».

    - Le général d’Esneval qui pense que la Monarchie demeure un régime actuel.

    - Marcel Loichot, président de l’Union pan-capitaliste, théoricien de la Participation. Pour lui, depuis 1965, la France est dotée d’une monarchie nouvelle, non plus héréditaire, mais élective.

    - Le docteur Jean Cassagneau.

    - Le Bâtonnier Lussan : la Monarchie est dépassée.

    - Jacques Perret, écrivain et journaliste royaliste qui a été résistant

    - Jean-Marie Domenach, disciple d’Emmanuel Mounier, directeur du journal « Esprit ».

    - Jean de Fabrègues, directeur de l’hebdomadaire « La France Catholique », biographe et ami de Maurras.

    - Jean Royer, maire de Tours estimé pour sa bonne gestion mais défenseur maladroit des valeurs morales, il se relèvera difficilement de sa candidature à la présidence de la République.

    - Raoul Girardet, professeur d’histoire à l’Institut d’Études Politiques de Paris, ami de Pierre Boutang.

    - Georges Montaron, directeur de l’hebdomadaire « Témoignage Chrétien ». Il est partisan de créer un « socialisme français », qui est, tout comme la N.A.F., contre la mainmise de l’État sur la vie locale et régionale, contre la soumission du Pouvoir aux groupes de pression, et contre l’usurpation du Pouvoir par la technocratie.

    - Philippe de Saint Robert, l’un des principaux doctrinaires de la gauche gaulliste, partisan de l’indépendance de la Nation et de l’État.

    - Gabriel Marcel, philosophe royaliste de l’existentialisme chrétien, non maurrassien.

    - Michel Philipponneau, socialiste.

    - Jacques Paugam, gaulliste, auteur d’un beau livre sur l’âge d’or du maurrassisme, qui voit deux obstacles majeurs à la Restauration : — la sensibilité française n’est plus royaliste — l’absence d’un consensus obligerait la Monarchie à se faire dictatoriale, et du coup, à ternir définitivement son image

    - Jean-François Gravier, économiste et professeur, hostile à la région de taille européenne et à la mégalopole.

    - Maître Henri-Leclerc, alors marxiste, célèbre avocat de l’extrême-gauche.

    - Edgar Pisani, ancien sénateur de la Gauche démocratique, ancien ministre, ancien député, président du Conseil National des Économies Régionales.

    - Louis Joinet, président du Syndicat de la Magistrature.

    - Claude Bruaire, philosophe auteur de thèses très personnelles sur les fondements de la légitimité politique.

    - Gustave Thibon, le philosophe réactionnaire, mais ami de Simone Veil.

    Attachons-nous maintenant aux réponses que B. Renouvin et G. Leclerc « têtes pensantes » de la N.A.F., ont écrites à chacune des personnalités interviewées, réponses à travers lesquelles on voit apparaître les bases de la pensée doctrinale de la N.A.F. pendant la « période maurrassienne », c’est-à-dire dans les deux premières années de sa création : 1971-1972.

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  • A PROPOS DES QUESTIONS POLITIQUES FONDAMENTALES

    LA MONARCHIE

    A PROPOS DE L’ANCIENNE MONARCHIE...

    Selon la N.A.F., le trait principal qui définissait l’Institution monarchique ancienne, était son caractère empirique ; elle affirme que jamais l’aristocratie n’a accaparé l’exercice du pouvoir.

    Par une politique multiséculaire, les rois de France ont su faire de l’Allemagne une terre pacifique civilisée, et ont su écarter les menaces d’invasions que nous avons connues depuis la chute de la monarchie, parce qu’ils conservaient la mémoire du passé, qui permet d’établir les constantes qui président aux mouvements des peuples.

    La N.A.F. pense – à la suite du comte de Chambord - que la grande crise que connaît la France depuis 1789 est due à ce que la Monarchie n’a pu faire la Révolution elle aussi en 1789.

    A PROPOS DE L’AVENIR ...

    La N.A.F. affirme que la Monarchie n’est pas un retour au passé, mais que l’expérience passée l’impose.
    Elle pense que la Monarchie est liée à un âge sacral, enfoui loin de nous sous l’épaisseur de l’impérialisme contemporain.

    L’ancienne monarchie relevait du Droit Divin ! Aujourd’hui, la N.A.F. fait remarquer que l’appartenance de la Monarchie à un Droit divin est largement dépassée, mais que la Monarchie relève du droit historique « constitué par la somme des bienfaits que cette institution a permis. »

    Pour la N.A.F. la Monarchie est la condition première du progrès de notre civilisation, de la vie, de l’amour, de l’association.

    N’étant que médiatrice, elle ne peut être cette idole au pied de laquelle on sacrifie tout.

    La N.A.F. pense qu’il faudra bien que la jeunesse en vienne à la Monarchie, « seule institution traditionnelle à travers le temps », si elle veut que ses espérances ne se confondent pas un jour avec le souvenir d’un rêve impossible.

    La principale qualité de la Monarchie est d’être indépendante (indépendante des groupes de pression sociaux et économiques, d’un parlement...)

    De plus, la Monarchie est, toujours selon la N.A.F. la condition de la durée (le Roi ne meurt jamais), et également la condition de la paix civile (le Roi n’est pas élu).

    Selon la N.A.F., un Prince qui travaille pour l’État, travaille pour ses enfants.

    « Parce qu’elle est le produit de l’histoire, et qu’elle tire sa légitimité de ses bienfaits, la Monarchie peut rassembler des hommes divisés, sur l’origine de ce qui est. »

    La N.A.F. affirme en tous cas que la crise de la foi religieuse n’est pas un obstacle au rétablissement de la Monarchie.

    Elle insiste bien sur le fait que la Monarchie n’est pas une panacée, et ne la conçoit pas comme le remède miracle qui résoudrait du jour au lendemain chacun des problèmes de notre temps. La Monarchie n’est pas une fin en soi.
    Elle crée seulement le climat indispensable à la reconstruction complète de la société française,

    - en arrachant l’État aux idéologies, aux intérêts, à la compétition,

    - en libérant les hommes du carcan bureaucratique qui les étouffe.

    - en donnant à la Nation les conditions générales de la Sécurité et de la Prospérité.

    La N.A.F. conçoit la décentralisation dans ses grandes lignes comme suit :

    - pas de Ministère de l’Éducation nationale dans une Nation où les Universités deviendraient autonomes.

    - pas de ministère de l’Intérieur non plus, puisque les régions, les villes et les communes rurales retrouveraient leur pleine liberté. L’administration économique et sociale échapperait en grande partie à l’État.
    Ainsi libéré de multiples tâches, l’État se consacrerait à la Diplomatie, à la Défense nationale, et surtout à la Défense de l’intérêt national et à l’arbitrage des intérêts particuliers.

    Le Roi laisserait ainsi les citoyens libres de gérer les affaires qui les concernent.

    La définition de la Monarchie que souhaite la N.A.F. est : « Durée et souplesse, sens de l’héritage et sens des limites », et peut se résumer comme :

    - la libération des communes et régions,

    - la libération des travailleurs,

    - la libération des esprits.

    « La Monarchie n’est pas talisman mais ferment ».

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  • Une Révolution dans le royalisme 4 avril 2010 21:40, par F.Aimard

    Pour la N.A.F., la Monarchie constitue la première pierre de l’édification d’une société communautaire.
    Cette société communautaire doit être hiérarchique et syndicaliste.

    « — Hiérarchique parce qu’il faut un pouvoir incarnant l’intérêt national au-dessus des intérêts particuliers.
    Syndicaliste parce que les associations de travailleurs doivent être en mesure de défendre les intérêts qu’elles représentent, de protéger les citoyens qui en font partie, et de gérer librement les affaires qui sont de leur compétence.

    Communautaire enfin, parce que l’individu, séparé de tout groupe naturel ou contractuel, n’est plus que le jouet du pouvoir, la pièce d’un mécanisme qui finit par le broyer, la proie rêvée de toutes les entreprises d’exploitation de l’homme, qu’elles soient politiciennes, capitalistes, ou collectivistes. »

    LA DEMOCRATIE

    Si l’on en croit sa propagande (tracts, brochures…), la Démocratie représente l’ennemi numéro un de la N.A.F.
    Pour la N.A.F., elle constitue une véritable religion, « fondée sur la foi rousseauiste, la croyance en la bonté foncière de l’homme et sur la foi encyclopédiste : la croyance au « progrès des Lumières ». » La N.A.F. affirme que « si le rôle tentaculaire de l’État est consubstantiel à la Démocratie, si la centralisation y est fatale, s’il est vrai que le pouvoir qui dépend de l’électeur a besoin que l’électeur à son tour dépende de lui, il faut alors se débarrasser de la démocratie ! » (N.A.F., numéro 74 du 27 septembre 1972)

    La Démocratie, qui a près de deux siècles d’existence, n’a jamais été capable de se définir institutionnellement ; elle n’a jamais eu de forme définie.

    La N.A.F. affirme de même que « le peuple, qui exerce en droit le Pouvoir, n’a théoriquement pas besoin d’être représenté auprès de lui-même, et c’est ainsi que le pays, tout en élisant et payant des députés, ne trouve personne pour exprimer en son nom, ni personne pour entendre, non pas ses opinions, mais ses « états », ce que Maurras appelait « la figure vivante de son être, de sa situation, de sa position permanente dans l’espace et le temps. »
    ... Les conséquences sclérosantes et oppressives du faux principe de « volonté populaire », étaient déjà clairement dénoncées, il y a un siècle, par le comte de Chambord, quand il disait que la Révolution française avait substitué à une nation de citoyens un État d’administrés. » (N.A.F. numéro 32, 9 décembre 1971)

    II apparaît comme fondamentalement évident à la N.A.F. que, malgré ce qu’on pourrait croire, la « Démocratie fournit le cadre et la justification intellectuelle du système le plus inhumain : le Totalitarisme. »

    La N.A.F. dénonce farouchement la Démocratie qui, par sa nature même, « s’oppose aux deux réformes les plus urgentes de notre temps :

    - la séparation de l’Université et de l’État.

    - la séparation de l’État et de l’Argent.
    La N.A.F. considère que la démocratie est :

    - sans avenir dans notre pays,

    - incapable d’ancrer une politique extérieure dans la durée,

    - sans mémoire, car elle ne dispose pas de la continuité,

    - responsable de la transformation des Français en administrés toujours plus asservis à la machine étatique,

    - responsable de la destruction des dernières professions qui existaient encore

    - aveuglément soumise à un progrès quantitatif au lieu de chercher à le maîtriser, puis à le dépasser,

    - incapable de résoudre la question ouvrière, de contrôler l’explosion urbaine inconciliable avec la protection du travailleur.

    La N.A.F. ne cesse d’affirmer que la République est un régime profondément corrompu, qu’il peut objectivement y avoir, soit une République sans politique extérieure, soit une politique extérieure, mais pas de République.

    « L’idée d’un progrès exclusivement matériel n’est pas séparable de la pensée démocratique telle qu’elle s’est développée en politique comme en économie depuis le dix-huitième siècle ».

    La N.A.F. observe cependant que la Démocratie suscite la contestation, mais sait aussi la récupérer fort habilement.

    « En Démocratie, toute action, si bien conçue qu’elle soit, est nécessairement éphémère ! »

    Pour la N.A.F., la Démocratie se résume en un système électif qui donne aux citoyens l’illusion de gouverner, mais qui confie en réalité ce soin à une classe politique coupée du pays réel : la Technocratie.

    Les institutions démocratiques qui se sont succédées depuis la Révolution en France, avaient le caractère commun d’être figées, inspirées d’un Juridisme abstrait, étranger à la vie, et recherchant leurs modèles à l’étranger. »

    D’après la N.A.F., c’est la Démocratie qui, en permettant la réunification de l’Allemagne, a permis qu’elle envahisse trois fois notre pays en un siècle.
    Pour les royalistes, il y a une parfaite correspondance entre la raison jacobine et la terreur jacobine.
    Selon eux, la Démocratie balance depuis toujours entre l’anarchie parlementaire et la tyrannie.

    « Il est évident qu’un certain type de Démocratie est consubstantiel à la Suisse, et il est logique que la Monarchie est consubstantielle à la France. »
    Leur preuve, c’est qu’« aucune République ne parvient à s’adapter durablement chez nous ».

    Mais les royalistes envisagent d’aménager cette rupture avec la Démocratie pour « économiser la guerre civile ».
    « La société massifiée dans laquelle nous vivons se situe dans la logique de la Démocratie et d’un système économique, qui vise uniquement le profit maximum et l’accumulation purement quantitative des biens. »
    Bien que le peuple français accepte la Démocratie, la N.A.F. reconnaît que : « la vertu du peuple ne sert pas de voile à la misère du régime ».

    Les royalistes préviennent les communistes qui luttent inlassablement contre le capitalisme : « il est inutile de lutter contre le Capitalisme si l’on ne connaît pas son générateur : la Démocratie »

    Et pour les royalistes, il semble évident « qu’on ne sortira de la crise de civilisation qu’en brisant les structures du capitalisme. »

    LE POUVOIR

    Les conflits qui peuvent naître entre le Pouvoir législatif et exécutif, sont difficiles à résoudre, puisque en principe, ces deux pouvoirs ont la même origine : la volonté populaire.

    Notre régime actuel a pu jusqu’à ce jour éviter cet inconvénient, mais qu’arrivera-t-il le jour où le Président de la République et l’Assemblée nationale auront une couleur politique opposée ?

    C’est dans cette hypothèse que la N.A.F. considère le problème constitutionnel français comme insoluble, et elle affirme que c’est le pouvoir politique qui opprime les communautés humaines ou qui leur permet de renaître.
    Les monarchistes sont de farouches partisans de l’indépendance de l’État, mais précisent bien que « Indépendance ne signifie pas abstention, comme Arbitrage ne veut pas dire non-intervention. Il faut que l’État intervienne vigoureusement dans la vie économique, pour corriger les déséquilibres, encourager les initiatives, protéger les plus faibles, en fonction de l’intérêt national, et non sous la pression d’un parti politique ou d’un groupe d’intérêts. » (N.A.F., numéro 55, 17 mai 1972).
    La N.A.F. pense que l’autorité de l’État ne peut pas se partager avec un Parlement.

    La Nouvelle Action Française dit NON à la Monarchie constitutionnelle, mais est partisane de la limitation de l’Autorité de l’État par des corps intermédiaires, et de la représentation de ceux-ci dans des assemblées organiques.

    L’ELECTION

    La N.A.F. est viscéralement contre l’élection du chef de l’État, car elle « divise les Français, asservit le Pouvoir et le condamne ». (N.A.F. numéro 39, 26 janvier 1972)
    Bien qu’ils considèrent le suffrage comme indispensable au niveau des « communautés secondes » (communes, régions, professions), les royalistes le dénoncent comme étant néfaste lorsqu’il s’applique à un organe national de gouvernement.

    « Le marxisme, héritier du jacobinisme de Rousseau, prétend qu’une minorité de citoyens suffit à incarner la « volonté générale », réduite par Marx à la volonté de la classe ouvrière.

    En France, la volonté générale prétend s’exprimer par l’élection. Ce système de représentation est responsable de la centralisation, de la bureaucratie, et de la ploutocratie. » (N.A.F numéro 33 du 16 décembre 1971)
    Les royalistes considèrent le Pouvoir comme obligé de se soumettre aux désirs de l’opinion, qu’il est donc rendu prisonnier par l’élection.

    Mais, de même, « la liberté-principe, le citoyen-roi, aboutissent à faire de l’homme un électeur muselé par l’État bureaucratique, qui se voit interdire toute action sur son environnement familial, régional, professionnel. » (N.A.F. numéro 34 du 22 décembre 1971)

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  • Une Révolution dans le royalisme 5 avril 2010 11:39, par F.Aimard

    LES INSTITUTIONS

    Les royalistes pensent que « dans le cadre français, dans notre contexte géographique, historique, psychologique, » l’Institution s’impose.

    Mais ils précisent que des institutions doivent constamment pouvoir « s’adapter, évoluer, inventer », sinon elles sont vouées à la sclérose. Pour la N.A.F., les institutions ne sont « qu’un moyen ».

    « La mode des institutions américaines eut un succès moins durable que celles du régime britannique, que les démocrates voulurent plaquer sur la réalité française ; inutile de rappeler l’échec énorme que ce fut, mais il est dû à ce que la constitution de l’Angleterre s’adaptait à son propre caractère historique, géographique, psychologique. » (.N.A.F. numéro 39, 26 janvier 1972)
    Selon la N.A.F., l’anarchie constitutionnelle française n’a pas d’autre explication, et elle envisage le suffrage différemment.

    « La nécessaire représentation des intérêts doit se faire par l’intermédiaire d’institutions multiples, régionales et professionnelles, conservant leur individualité
    C’est ainsi que l’on pourrait donner au suffrage son rôle bienfaisant. » (N.A.F. numéro 42 du 16 février 1972)

    LA CENTRALISATION

    « La Centralisation procède de la nature élective du Pouvoir, parce que celui-ci a un intérêt vital à faire des électeurs ses obligés. Et comment y parviendrait-il s’il n’était plus maître de l’ensemble des choix économiques ? » (N.A.F. numéro 46, 15 mars 1972)

    Le remède à la centralisation viendrait de la séparation radicale de la représentation et de la gestion des intérêts locaux, d’avec le gouvernement de la Nation.
    Ceci supposerait donc que les citoyens n’aient pas à la fois à désigner leurs mandataires au niveau local et régional, et les hommes chargés de diriger l’État (président, députés).

    « Une telle séparation implique la substitution au niveau national de l’hérédité à l’élection, et que la monarchie soit antiparlementaire. » Les royalistes affirment que la politique de centralisation à outrance, n’est pas due aux circonstances, mais à des « raisons idéologiques et institutionnelles. »

    Ils pensent également que la Verne République ne permettra jamais une décentralisation effective, car « elle n’a pas intérêt à laisser se développer des institutions, disposant de moyens financiers étendus, qui priveraient l’État d’un moyen de pression privilégié. » (N.A.F. numéro 53, mai 1972)

    « Le mouvement régionaliste a toujours réclamé non pas une organisation fédérale, mais une décentralisation administrative, conférant à des collectivités supra départementales des pouvoirs plus ou moins étendus. »

    NATION ET CITÉ

    Le concept de « cité » tel que le définit la NAF est fondamental pour l’ensemble de sa doctrine : « l’amour est le fondement de la cité ».

    Pour elle, il n’y a pas d’amour sans cité.
    De même, elle définit la nation comme « le cercle communautaire le plus solide et le plus complet ».
    Et la NAF s’en réfère au conflit sino-soviétique, en nous montrant que les réalités nationales sont plus fortes que les solidarités idéologiques.

    L’EUROPE

    Les royalistes attaquent violemment 1’« Europe » qu’on leur présente, en la considérant comme un mythe dangereux pour notre civilisation, notre économie, notre sécurité. « Si la France veut devenir la pierre d’angle de l’Internationale vraie, ce que souhaitait Maurras, il lui faut des institutions à la hauteur de ce dessein. »

    Certes, les nations européennes de faible étendue, de population moyenne, jouissant d’une grande capacité, limitée en valeur absolue, feraient de l’Europe la première puissance commerciale et mondiale, mais, nous disent les royalistes, « un ensemble quantitativement massif et sans âme vaut-il vraiment mieux qu’une communauté structurée pour assurer à ses membres la puissance et le bonheur ? » (« N.A.F. » numéro 47, mars 1972)
    Car, pour la N.A.F., il est évident que l’héritage commun entre la Latinité et le monde germanique est réduit.
    La N.A.F. précise que sa foi monarchique n’intervient pas dans la défense de la Nation contre l’idée européenne.
    Pour les royalistes, il est clair qu’« il n’existe ni économie européenne, ni travail européen ».
    Une coopération technique, économique, et même politique peut se concevoir en dehors de tout cadre institutionnel supranational.

    Les militants royalistes considèrent le fameux « défi américain » comme beaucoup plus intellectuel que financier, et s’étonnent que l’Europe n’aspire donc pas à rendre les gens « plus intelligents ».

    Pour la N.A.F. donc, l’Europe n’est plus qu’un beau souvenir (Europe chrétienne du Moyen-âge) qui constitue une leçon salutaire.

    LA REVOLUTION

    « La Révolution française, en introduisant une rupture dans notre histoire politique, a brisé l’Idéal de mesure et de qualité que nous avions reçu de la Grèce antique par l’intermédiaire de Rome. » (« N.A.F. » numéro 33, décembre 1971)

    1789 signifie pour les royalistes la « perversion d’idées justes ». « Ce n’est pas un certain pourcentage de l’opinion qui a fait la Révolution française, mais un certain nombre de ses têtes dirigeantes, elles-mêmes dirigées par un certain nombre de ses têtes pensantes. » (« N.A.F. » numéro 36, janvier 1972)

    L’idéal de la N.A.F. est de mener à bien la « Révolution contre-révolutionnaire ».

    « L’histoire des révolutions montre que l’avenir des nations ne dépend jamais que d’une poignée d’hommes. La conquête de l’intelligence et des cœurs constitue toujours leur premier objectif. » (« N.A.F. » numéro 33, décembre 1971)

    La N.A.F. souhaite ardemment la « révolution rédemptrice », mouvement de fond qui convertisse les cœurs.
    La N.A.F. est persuadée que tout se jouera par la « victoire de l’insurrection de l’intelligence dressée contre l’âge de fer dont elle est menacée. » (« N.A.F. » numéro 44, mars 1982)

    Certains évoquent souvent la révolte personnelle qui convertira le monde. A quoi les royalistes répondent que « si la révolte reste personnelle, elle a toutes les chances de ne pas aboutir ». (« N.A.F. » numéro 44, mars 1972).

    Selon la N.A.F., « la contestation de la société de consommation implique forcément le refus de la démocratie, et la recherche d’un art de vivre essentiel à une société monarchique ». (« N.A.F. » numéro 45, mars 1972)

    LA CONCEPTION DE L’ORDRE

    « C’est à la qualité de l’Ordre, marque de la civilisation et seul fondement du bonheur des cités, parce que les individus ont soumis leurs passions à la raison, que se juge le degré d’humanité d’un peuple, d’une époque », écrit Gérard Leclerc, directeur politique de la « NAF-hebdo » (numéro 3 de la « lettre hebdomadaire » royaliste).

    II affirme que le salut de l’Ordre constitue le but essentiel du combat contre-révolutionnaire.

    Pour les royalistes, l’Ordre est presque synonyme de l’Être, car il est « sa condition d’existence ».
    « Le salut de l’Ordre passe donc par le combat de son antithèse, l’Anarchie, et de sa contrefaçon, la Dictature.
    D’ailleurs, l’Anarchie et la Dictature, participent à la subversion subjectiviste, ennemi numéro un de l’intelligence », écrit G. Leclerc. Il considère que le gauchiste « marxiste » et le fasciste « nietzschéen » refusent tous deux de se plier aux lois naturelles de l’univers, refusent le réel.

    « Ceux qui se réclament le plus bruyamment de l’Ordre moral sont les pires ennemis de la morale », écrit G. Leclerc.
    L’Ordre réel équilibré, indispensable aux sociétés humaines, est parfaitement incarné par la Monarchie telle que la N.A.F. la conçoit.

    LE SOCIALISME

    Pour la N.A.F., un fait est certain : c’est que le socialisme et la démocratie sont deux choses inconciliables. Cependant, elle dit que « le socialiste ne sera pas socialiste tant qu’il ne se sera pas débarrassé de la mystique démocratique qui l’empoisonne ».

    En effet, la N.A.F. fait remarquer le jacobinisme qui a longtemps fleuri dans les rangs de l’ex-S.F.I.O., et qui est loin d’avoir disparu.

    Déjà, en 1971, la N.A.F. affirme que « si François Mitterrand arrivait au pouvoir, il ne le pourrait qu’avec l’appui des communistes, et une coalition socialo-communiste affaiblirait considérablement un gouvernement de gauche du fait de la mésentente peu cordiale ». A l’échelon européen, la N.A.F. considère la conciliation et l’unification de tous les partis socialistes en un seul grand parti (hypothèse émise par Michel Philipponneau), comme fondamentalement impossible, du fait de nombreuses différences doctrinales d’un pays à l’autre, en particulier en ce qui concerne le rapport avec les communistes.

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  • Une Révolution dans le royalisme 5 avril 2010 11:40, par F.Aimard

    LE COMMUNISME

    « ... Le prestige du marxisme tient essentiellement à la rigueur schématique de ses principes. C’est le privilège des explications simples, voire simplistes, que de posséder ce pouvoir de persuasion. » (1)

    La N.A.F. considère le marxisme comme une fausse science, et déclare le schéma marxiste largement dépassé, ne pouvant s’appliquer qu’au 19ème siècle.

    Elle déclare qu’il est impossible de faire rentrer toute l’histoire de l’Humanité dans le seul schéma de la lutte des classes. De plus, les royalistes considèrent la notion de « valeur-travail » comme un « néant de la pensée », et affirment que celle de « plus-value » ne résiste pas à « l’examen ».

    Pour ce qui est de la tendance à la paupérisation et à la baisse du taux de profit, les royalistes déclarent que les faits se sont chargés de la démentir.

    « Le marxisme n’est plus que la critique d’un système qui s’est largement transformé depuis 1929 ; de même, la lutte contre l’exploitation repose sur une notion fausse : celle de plus-value. » (« N.A.F, » numéro 65, juillet 1972)
    Pour la N.A.F. affirmer que le pouvoir appartient comme par le passé à ceux qui possèdent les instruments de la production est une mutilation de la réalité.

    Au point de vue purement philosophique, la N.A.F. explique que l’homme marxiste est unidimensionnel, c’est-à-dire « uniquement conçu dans sa dimension économique ». Cette logique, on la trouve aussi chez Rousseau, qui voulait forcer les gens à être « libres s’ils ne voulaient pas s’y prêter de bonne grâce ».

    Quant à la mise en pratique : « le pouvoir qu’il instaure est totalitaire, parce qu’il n’admet pas d’autre pouvoir, d’autres croyances, d’autres manières de vivre que la sienne ; c’est un état policier, bureaucratique, dogmatique ; ceci ne provient pas « d’accidents historiques », mais de la logique marxiste. » (« N.A.F. » numéro 65, juillet 1972)

    Le combat des marxistes semble donc irrémédiablement voué à l’échec, même si leurs intentions sont généreuses et si parfois ils visent justes.


    LE PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS

    La N.A.F. considère qu’objectivement le P.C.F. devient de plus en plus conservateur.

    Elle pense qu’à l’avenir, il adoptera une attitude de prudence, mais qu’en tous cas il ne souhaite plus la révolution.

    « ... sans doute ne tient-il pas à être laminé par une réaction de type militaire, mais Moscou tient en tout cas à ne pas instaurer le communisme en France. » (« N.A.F. numéro 15, août 1971)

    Les royalistes considèrent l’U.R.S.S. comme « une puissance dont le caractère idéologique s’efface de plus en plus devant une politique à caractère impérialiste. »

    La N.A.F. fait remarquer que le P.C.F. fait aujourd’hui bien partie de la classe politique classique, et « manifeste une totale incompréhension des problèmes fondamentaux de la Société, comme tant d’autres. »
    « Le P.C. devient de plus en plus une puissance avec laquelle on peut discuter, en sachant qu’il n’ira pas trop loin dans ses contestations.

    Il a une politique défensive et stérile d’attente du Grand Soir, formulée par des gens prisonniers des schémas de 1936 et 1945, qui ne peut qu’aboutir à l’immobilisme. » (« N.A.F. » numéro 15, août 1971)


    LE GAUCHISME

    « Pour les gauchistes, le marxisme a constitué une étape maintenant tout à fait dépassée. » (« N.A.F. » numéro 25, octobre 1971)

    « L’agitation gauchiste qui règne depuis plusieurs années, paraît difficile à résoudre, du fait qu’elle provient d’une part de nombreux problèmes irrésolus en France, et d’autre part, d’une réaction contre la condition, contre une société sans rêve, sans aventure, sans fête, où l’homme produit pour consommer et consomme pour produire. » (« N.A.F. » numéro 8, juin 1971)

    Cette attitude traduit donc, selon la N.A.F., l’angoisse du monde moderne, mais est aussi dangereuse, car elle conduirait, « dans l’excitation du jeu », à aller jusqu’au bout, en recréant les Tribunaux de l’Épuration, ou en imitant les maquisards du Viêt-Cong.

    Elle est persuadée que les gauchistes ne pourront jamais réaliser leurs projets révolutionnaires, « car ils ont contre eux une population lassée de leurs excès, un P.C. qui dérange dans sa stratégie, et enfin un appareil d’État considérablement renforcé depuis Mai 1968.
    « Le gauchisme a joué un rôle libérateur en faisant sauter le carcan marxiste. Pourtant, le gauchisme, malgré ses intuitions remarquables, pourrait bien constituer une subversion plus grande encore que le marxisme qu’il a contribué à nier. En faisant du surréalisme une philosophie et une politique, il a mené à son terme le projet métaphysique de la révolution qui veut que l’homme réduit à sa seule subjectivité, soit la mesure de toute chose... Mais oublier la condition humaine entraîne l’autodestruction. » (N.A.F. numéro 26, octobre 1971)
    La N.A.F. déclare en tout cas avec certitude que les gauchistes renaîtront toujours dans une société capitaliste et bureau-technocratique, et qu’aucun appareil répressif n’est en mesure de les rendre à la raison.
    Les royalistes refusent de rejoindre la campagne d’extrême-droite « qui ne se rend pas compte, dans son délire, qu’elle fait le jeu du pouvoir. » (« N.A.F. » numéro 8, juin 1971)

    Et pour la N.A.F. il reste évident que la profonde cause du mal est la démocratie.

    LE GAULLISME

    « Le gaullisme actualise parfaitement l’alternative autoritaire de la démocratie. » (« N.A.F. » numéro 41, février 1972)

    La N.A.F. pense que la philosophie gaullienne de l’État, de son rôle, de la nation et de son destin « était plus proche de la pensée de Maurras, que de la doctrine de la Droite nationale, qui n’est d’ailleurs « plus nationale depuis qu’elle s’est lancée dans l’européisme. »
    Néanmoins, les royalistes demeurent très critiques quant à la pratique gaullienne sur le plan strictement français.
    « L’Ordre nouveau », instauré par le général de Gaulle, n’était que superficiel, et cachait une grande crise morale et intellectuelle et de profonds déséquilibres qui éclatèrent en mai 1968... La continuité politique et 1’« ordre de rue » n’étaient pas des fins en soi...
    L’État est fait pour la société et non la société pour l’État î... Ces institutions nouvelles, dont on célébrait sans cesse les mérites en faisant honte à l’incohérence et à l’anarchie de la IVème République, n’apportèrent pourtant aucun remède au « Mal français », dans la mesure où elles ne faisaient que substituer à l’anarchie parlementaire un césarisme administratif et technocratique. » (« N.A.F. » numéro 32, décembre 1971)
    La N.A.F. déclare que la démocratie et la technocratie sont les conséquences directes de « l’inaptitude de la République parlementaire à gouverner le pays et à légiférer correctement. » (« N.A.F. » numéro 32, décembre 1971)

    D’après la N.A.F., « l’instabilité ministérielle et l’incompétence du personnel politique de la IVème République », ont permis à des fonctionnaires anonymes et irresponsables, de prendre le pouvoir, d’où la naissance des technocrates.

    « Le Mal a certes été dénoncé par M. Pompidou, mais il n’a pas poussé loin la recherche du remède, sinon son républicanisme en aurait souffert. » (« N.A.F. » numéro 32, décembre 1971)

    La N.A.F. pense que l’indépendance de l’État gaulliste vis-à-vis du Parlement et des groupes de pression, demeurait partielle, « menacée par le principe démocratique, base du système mis en place en 1958 ».
    De plus, elle explique le fait que de Gaulle ait écarté l’hypothèse d’une Restauration, du fait que « l’esprit royaliste », très puissant avant la deuxième guerre mondiale, avait pratiquement disparu après.


    L’ACTION FRANÇAISE

    « L’École maurrassienne affirme la légitimité de deux méthodes, complémentaires en fait, pour résoudre les problèmes de l’homme vivant en société :

    — l’une, plus inductive, s’appuie sur l’Histoire critique,

    — l’autre, plus décisive, part plutôt de définitions philosophiques pour tracer les grandes lignes d’une cité conforme aux exigences de l’homme ».

    La N.A.F. explique que l’A.F. a raté le tournant des années 1930 par le fait que Maurras, « qui avait clairement discerné quels étaient les éléments en révolte que l’A.F. pouvait fédérer » ne fut pas suivi.

    Pourtant, explique la N.A.F., elle aurait pu « tout balayer », en joignant à la révolte antiparlementaire la révolte sociale ; ce grand échec de l’A.F. provient du fait qu’elle a plus été victime des circonstances, que de pesanteurs qui lui auraient été inhérentes. « Nulle fatalité ne pèse sur l’histoire de l’A.F., sur notre histoire ».

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  • LES OBJECTIFS PRIORITAIRES DE LA N.A.F.

    Le premier objectif prioritaire de la N.A.F. est la « reconquête de l’intelligence ».

    « Il faut convaincre ceux qui entraînent la masse, ceux qui osent imaginer autre chose que ce qui existe. »

    Et pour cela, la N.A.F. est bien décidée à se séparer des litanies bêtes, des clichés usés, afin d’assumer le projet maurrassien, qui consiste à engager le « débat de l’intelligence avec les hommes libres ».

    Il faut rendre à l’État son indépendance et « on n’a pas trouvé d’autre moyen que l’hérédité ».

    La devise de la N.A.F. se résume à « Tradition et Progrès ».
    Mais elle reconnaît que rien n’est possible en l’absence d’un mouvement royaliste bien implanté dans le pays.
    « Notre stratégie de royalisation du pays implique une continuelle adaptation à l’état du pays, à celui des forces sociales. »

    Dans l’immédiat, la N.A.F. envisage de faire passer les Français actifs du « grand refus » à l’insurrection contre la République.

    « Pour cela, il importe que les forces d’opposition deviennent forces de composition ».

    Mais la N.A.F. insiste aussi sur le fait que la Monarchie n’est pas une panacée, et que « tout sera à faire lorsque nous aurons ramené le roi à Paris, mais rien ne peut être fait sans lui. »

    Concrètement la N.A.F. envisage :

    - de maintenir et d’augmenter sa présence continuelle dans la presse d’idées,

    - d’agir dans le domaine de l’édition,

    - d’obtenir le maximum de postes dans les Conseils d’Universités,

    - de jouer son rôle dans les Maisons des Jeunes et de la Culture et, (outre la percée dans les mass-médias seuls),

    - de proposer au public des thèmes susceptibles de le sensibiliser dans la critique de la Démocratie.
    En tout cas, la N.A.F. considère que trois types de campagne sont à privilégier :

    - au niveau universitaire,

    - au niveau de l’environnement,

    - au niveau européen,

    et elle est bien décidée à refaire de l’A.F. « ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une force conquérante, attirant progressivement les éléments les plus dynamiques du pays. (« N.A.F. » numéro 16, août 1971)

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  • Chapitre III

    DE LA NOUVELLE ACTION FRANÇAISE A LA NOUVELLE ACTION ROYALISTE (N.A.R.)

    A. REPERES CHRONOLOGIQUES

    1971 Fondation de la Nouvelle Action Française.

    1972 La N.A.F. fait campagne contre l’Europe supranationale.

    1973 La N.A.F. fait campagne contre la Nouvelle Droite.
    Edition du Projet Royaliste de B. Renouvin.

    1974 Campagne présidentielle de B. Renouvin.
    La N.A.F. participe en tant que telle aux municipales de
    1977, aux législatives de 1978, et à quelques élections partielles.

    Publication du « Désordre établi », de B. Renouvin et de « Un autre Maurras » de G. Leclerc.

    1975 Publication de « Le comte de Paris ou la passion du présent », de Ph. Vimeux, qui fait redécouvrir à la N.A.F. la profondeur de la pensée du Prétendant. Premier grand rassemblement : les « Journées royalistes » à Rueil.
    Campagne pour l’intégration des Français musulmans.
    1976 En moins d’un an, la N.A.F. voit ses locaux attaqués par un commando d’extrême-droite, puis est victime d’un attentat à la bombe, alors que son imprimerie est détruite par un incendie criminel.

    1977 Le journal « N.A.F. » devient « Royaliste » et est désormais diffusé dans les kiosques.

    1978 La N.A.F. devient la « Nouvelle Action Royaliste » (N.A.R.), la référence à l’Action française ne correspondant plus à sa conception du mouvement royaliste.
    La N.A.R. fait campagne contre L’Europe avec les Gaullistes d’opposition.

    1979 Publication des « Mémoires » du comte de Paris.
    La N.A.R. fait campagne pour sa diffusion, tout en affirmant l’indépendance du Prétendant à son égard.

    1980 Cette campagne s’amplifie lors de la diffusion de cinq émissions télévisées sur ces « Mémoires ».

    1981 Échec de la N.A.R. pour présenter un candidat aux élections présidentielles.

    Au second tour de ces élections, la N.A.R. appelle à voter pour François Mitterrand.

    Publication de la « Révolution tranquille » de B. Renouvin.

    1982 Lancement des « Clubs Nouvelle Citoyenneté » et de la revue « Cité ».

    1983 Présentation de listes aux Municipales en alliance avec

    — le Mouvement des Démocrates, de Michel Jobert,

    — des gaullistes de gauche du mouvement de Léo Hamon, et diverses personnalités.

    Premier colloque des « Clubs Nouvelle Citoyenneté ».
    Publication de « Charles Maurras et la question sociale » de Bertrand Renouvin.

    B. INTRODUCTION

    LA N.A.R. PAR RAPPORT A MAURRAS

    Au fil des ans se fait nettement sentir une perte de la référence maurrassienne, référence qui était encore de rigueur en 1974, mais qui se perd tout à fait au contact du comte de Paris.

    Lorsque, en 1978, la N.A.F. prend le nom de N.A.R., c’est pour trancher de manière définitive le lien qui la relie à l’Action française.

    En somme, la N.A.F. avait la ferme volonté de rompre avec le maurrassisme, afin de retrouver le « vrai » Maurras, le fondateur de la jeune Action française vivante et conquérante.

    Cette séparation d’avec le maurrassisme s’est déroulée lentement et sans drames, lesquels avaient tous éclaté avant 1974.

    Cet abandon du maurrassisme est venu spontanément, de la part des militants surtout.

    A l’unanimité, ces jeunes royalistes s’étaient rendu compte qu’assumer l’héritage de l’A.F. était une contrainte tout à fait inutile.

    Il n’y eut aucun reniement ; ce fut une sortie du cadre idéologique maurrassien qui devenait étriqué et étouffant, sortie qui se produisit sans heurts, naturellement.
    A partir de 1974, une grande partie du public renouvelé n’était pas du tout maurrassien.

    C’est en 1975 qu’on voit apparaître une référence plus marquée à Georges Bernanos.


    C. RECHERCHE DE BERNANOS

    Bernanos, que Gérard Leclerc considère comme son auteur d’adolescence (« Sous le soleil de Satan », se présente comme un recours intellectuel à une pensée qui ne soit pas maurrassienne).

    Mais c’est là une rencontre nullement fortuite ; Bernanos était le retour aux sources de l’A.F., à sa pureté originelle (dialogue avec le syndicalisme révolutionnaire...)

    C’était aussi la découverte implicite que la pensée d’A.F. révélait de graves insuffisances, auxquelles Bernanos était en mesure de suppléer.

    La N.A.R. entrevoit une dimension théologique importante chez Bernanos, c’est une pensée politique qui ne se sépare pas de son terrain religieux.

    Aux débuts de la N.A.F., Pierre Boutang déclara à ces jeunes royalistes : « Vous être trop jeunes pour avoir le sens historique ! » Le sens historique, pour être complet, demande du temps. Mais lorsqu’on l’a saisi, alors on ne considère plus la politique comme une science des moyens seulement.

    Bernanos, lorsqu’éclata la guerre d’Espagne, ne put comprendre comment les catholiques pouvaient tolérer de telles horreurs de la part des franquistes ; ce fut le début de sa critique du totalitarisme fasciste.
    La N.A.R. considère que l’A.F. n’a pas toujours été sensible à l’enjeu spirituel du totalitarisme.

    Pour elle, Hitler est plus que l’« Allemagne éternelle » de Maurras, plus que le nationalisme racial, narcissique ; c’est leur aboutissement.

    Le nazisme est un retour au paganisme, aux mythes religieux ; c’est de là que vient sa sauvagerie inhumaine.
    Bernanos, qui avait le sens historique, Ta, selon la N.A.F., mieux senti que l’A.F. ; ce qui explique probablement sa non-collaboration.

    Maurice Clavel avait donné une philosophie, un sens spirituel à la révolution : « contre l’intolérable, il n’y a que la résistance ». Mais pour la N.A.R., il reste une vérité : Bernanos constituait une réponse à la question du totalitarisme.

    En 1978, lorsque la N.A.F. devient la Nouvelle Action Royaliste, de nombreux éléments ont changé dans la pensée politique des royalistes : certaines perspectives ne changent pas, d’autres se renforcent, et d’autres sont bouleversées.


    D. CE QUI NE CHANGE PAS

    a. L’indépendance nationale et la conception de la politique étrangère

    Les royalistes se proclament de moins en moins nationalistes, car ils savent empiriquement que « nationalisme » est un mot piégé. Mais l’idée de la défense nationale persiste. Et la N.A.R. s’efforce d’assurer un prolongement du thème gaullo-maurrassien, thème en fait purement capétien : l’idée de fédérer la France contre les empires, (c’est le Maurras de « Kiel et Tanger »).

    La France doit fédérer et assembler les petites et moyennes nations pour lutter contre l’emprise des empires (thème toutefois assez rapproché du vrai nationalisme maurrassien).

    D’autre part, la N.A.R. maintient sa conception de la défense nationale, qui affirme la nécessité d’assurer la priorité et l’indépendance à la dissuasion nucléaire. A ce sujet, l’influence du général Gallois, fut déterminante.


    b. La façon de concevoir le problème européen reste identique

    La N.A.R. dit oui à l’internationale des nations, mais oppose un non catégorique à l’Europe des bureaucrates, à l’Europe supranationale, dominée en fin de compte par les Américains. Ce n’est pas seulement de l’anti-européisme-me, c’est l’affirmation d’une communauté culturelle.

    c. La question de la décentralisation ne change pas

    La N.A.R. réaffirme sa ferme volonté de décentraliser, et ceci reste un thème constant, sur lequel de très nombreuses études furent faites.

    C’est une des raisons pour lesquelles la N.A.R. appela à voter F. Mitterrand aux élections présidentielles de 1981 : celui-ci avait promis, comme un des thèmes majeurs de son programme, la décentralisation.

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  • Une Révolution dans le royalisme - Première partie 5 avril 2010 11:57, par F.Aimard

    E. CE QUI SE RENFORCE

    La critique du capitalisme devient plus cohérente. La N.A.R. passe de la critique globale de la société industrielle à une critique précise des mécanismes du système capitaliste.

    La critique du libéralisme économique devient plus radicale.

    Et de ce fait, la critique de l’impérialisme américain devient plus profonde ; elle se renforce là aussi par une analyse très précise du système.

    Par voie de conséquence, les propositions économiques apparaissent sur deux thèmes qui se précisent :

    - les nationalisations

    - la protection économique.

    La N.A.R. considère que le libéralisme économique est le renforcement des grands groupes qui tuent la liberté d’entreprendre, et menacent l’indépendance de l’État.

    Il est vrai que l’anticapitalisme caractérisait la génération qui a fondé la N.A.R.

    Mais les jeunes royalistes lui ont donné quelque chose de plus radical.

    Il y avait une triple tendance anticapitaliste à l’A.F. :

    - la rencontre avec la tradition socialiste proudhonienne,

    - la tendance corporatiste,

    - la tendance libérale.

    La tendance à rencontrer la tradition proudhonienne est apparue dans les années 1910.

    La tendance libérale a été incarnée par Jacques Bainville.
    A la question « Comment sortir de la crise de la société de consommation ? » les royalistes de la N.A.R. devaient apporter une réponse originale. Leurs solutions allaient bien entendu à l’encontre de la logique productiviste libérale.

    F. CE QUI EST BOULEVERSE

    La conception que la N.A.R. a du roi est bouleversée, et la question du Prétendant se pose à nouveau.
    La N.A.F. connaissant peu le comte de Paris, le considérait simplement comme le point central de son système.

    Mais une fois passée la prise de contact, la pensée du comte de Paris devient un élément déterminant. La rencontre intellectuelle avec lui, accélère la prise de conscience et conduit à l’abandon progressif de la référence à l’Action française. A partir de ce moment, la N.A.R. ne peut plus ignorer le Prétendant, et doit désormais agir en fonction de ce qu’il pense, en gardant toutefois une indépendance certaine.

    a) La question du comte de Paris

    Très rapidement apparaît aux yeux de la N.A.R. le paradoxe d’un mouvement royaliste ignorant le prétendant. Elle tente alors de savoir ce qu’il devient, et des hommes comme Philippe de Saint Robert ou Pierre Boutang lui expliquent les positions politiques du prétendant et les raisons de son retrait.

    Dès la publication de ses premiers livres (« Le projet royaliste », « Un autre Maurras »,) la N.A.R. n’omet pas d’envoyer un exemplaire au comte de Paris qui répond par des lettres très chaleureuses.

    Pourtant, ces bonnes relations entre la N.A.R. et le comte de Paris, sont nées d’une crise : lors des élections présidentielles de 1974, le comte de Paris se montre hostile à la présentation d’une candidature royaliste.
    La N.A.F. s’efforça alors de le convaincre, et finalement, B. Renouvin se présenta, sans aucune étiquette, bien que cela lui coûtât très cher vis à vis de militants qui, ne pouvant être mis au courant, comprenaient mal cette réserve.

    Le livre de Philippe Vimeux, « Le comte de Paris ou la passion du présent » contribue à rapprocher la N.A.F. du comte de Paris.

    Lors de la publication de ses « Mémoires », le comte de Paris ne cache pas la sympathie qu’il éprouve pour les jeunes royalistes.

    Les liens noués deviennent très cordiaux et sont aujourd’hui très étroits.

    Du fait de cette modification, la vision de la République et de la Monarchie, est radicalement bouleversée.

    La N.A.R. s’aperçoit alors qu’il n’y a pas de pouvoir politique pur mais toujours un mélange.
    Elle démontre que, par exemple, dans la Vème République, il y a une certaine part de Monarchie.

    Mais la N.A.R. veut aller plus loin et a l’ambition de réconcilier la tradition monarchique, c’est-à-dire l’indépendance de l’État avec la tradition républicaine, c’est-à-dire le suffrage universel. Le comte de Paris exerça à ce sujet une grande influence sur les royalistes.
    Le thème antidémocratique était abandonné.

    b) La question de la République et de la Monarchie
    La conception de la République et de la Monarchie de l’A.F. était liée à la forme historique du début du vingtième siècle. Maurras fonda sa critique de la République sur le système parlementaire, en ne cessant de souligner son incohérence, son incompétence profonde.

    La N.A.R. considère que cela reste valable dans une certaine mesure, mais que la Vème République a changé les données du problème : le Parlementarisme n’a pas le même poids.

    Les partis politiques sont l’expression de la volonté populaire, mais ne le sont pas à eux seuls.
    L’intérêt général est assuré par le président de la République, investi d’une responsabilité de type monarchique.

    Cette transformation des concepts de République et de Monarchie a une conséquence importante, où naît l’idée, jusqu’alors absente, de Légitimité. La notion de légitimité est un thème non maurrassien.

    Ayant subi l’influence de Pierre Boutang, Philippe de Saint Robert, du Général de Gaulle et du comte de Paris, la N.A.R. peut affirmer alors que l’essence de la légitimité est :

    - d’incarner l’histoire nationale,

    - de rendre service au peuple,

    - de bénéficier du consentement populaire.

    Malheureusement pour lui, Maurras, selon la N.A.R., ne tint compte que de la nécessité « d’incarner l’histoire nationale », et négligea le consentement populaire.

    c) La question de la légitimité

    La notion de légitimité a toujours été liée à celle de Monarchie.

    C’est la Monarchie qui a historiquement créé la France.
    La République, elle, n’a pas constitué de véritable légitimité, car elle ne répondait pas aux critères de celle-ci.

    La N.A.R. reçoit alors de nouveaux apports, qui renforcent la notion de légitimité :

    - Philippe de Saint Robert, théorise l’expédient ce gaullienne accordant la légitimité et le peuple.
    Le suffrage universel renforce la légitimité : il n’y a pas d’autorité véritable sans légitimité démocratique, car l’autorité s’appuie sur le consensus populaire et l’expression reconnue de celui-ci est le suffrage.

    - Pierre Boutang, dans sa théorie du pouvoir, précise que la légitimité est le perpétuel dialogue de l’autorité et du consentement.

    - Le philosophe Claude Bruaire considère que la position de l’État doit être extérieure à la société pour que ce dialogue soit possible. Pour la N.A.R. il est évident que la monarchie peut conserver ce caractère d’extériorité.
    - Enfin, le comte de Paris, déclare que la Monarchie ne s’établit et ne se légitime vraiment qu’à cause des services qu’elle rend à la Nation.
    Il pense qu’il faut retrouver l’adhésion du peuple français par les services rendus.

    G. CONCLUSION

    Tout au long du cheminement de la N.A.F. à la N.A.R. les principales influences exercées sur elle, furent donc celles du comte de Paris, de Georges Bernanos, de Pierre Boutang, de Maurice Clavel, de Philippe de Saint Robert, de Claude Bruaire ...

    La N.A.R. a voulu se débarrasser du maurrassisme qu’elle considérait comme un système de pensée clos, entreprise extrêmement difficile et qui n’a pu se faire que peu à peu.

    Néanmoins, elle reconnaît l’influence de Maurras dans sa philosophie anti-rousseauiste, et à travers tout ce que de Gaulle a repris de Maurras. Mais il y a des thèmes maurrassiens que la N.A.R. ne saurait accepter, tels l’antisémitisme, ou l’approbation de Vichy, du fait de leur importante portée ; de ce fait, la N.A.R. considère l’antisémitisme - même « d’État et non de peau » selon la classique distinction maurrassienne - comme inacceptable.
    L’Action française ne pouvait plus définir la réalité de la N.A.R. qui était devenu un mouvement politique original.

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